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OPINION

Pour une Conférence nationale "bottom-up"

La Révolution algérienne a abouti à une indépendance qui malheureusement fut confisquée dès les premiers heures par des coups d’État successifs ; pourtant, qu’elle fut glorieuse et exemplaire cette Révolution algérienne, longtemps montrée en exemple par le monde !

Le Printemps berbère des années 1980 fut ensuite le premier soulèvement démocratique du peuple dans l’histoire contemporaine, bien avant ceux des pays de l’Est communiste. En 1988, à nouveau le vent de liberté a soufflé sur ce peuple meurtri, qui a exprimé sa soif de justice. Il connaîtra dix ans de guerre civile et le peuple algérien paya chèrement cette décennie noire. Il fut à la merci des extrêmes de tous bords.

Dix ans de guerre civile, deux générations sacrifiées. S’ensuivirent les événements de 2001 en Kabylie, cette région réfractaire à tous les diktats. La révolte des jeunes s’est encore soldée par le massacre de plus d’une centaine d’entre eux, à la fleur de l’âge. L’Algérie est-elle condamnée, tel un ogre, à dévorer ses enfants ? J’ose espérer que non.

Nous avons connu pendant vingt ans un simulacre de gouvernance par un pouvoir qui, malgré la manne pétrolière et financière, n’a pu faire entrer l’Algérie dans la modernité. Seuls une idéologie moribonde et l’affairisme ont eu droit de cité. Enfin depuis le 22 février 2019, l’avènement du Hirak/Tanekra, cette révolution pacifique du peuple, qualifié par beaucoup de « béni », vient s’ajouter aux différentes tentatives du peuple algérien de reprise en mains de son destin.  Ce mouvement puissant, sans violence, salué par le monde entier, a fait évoluer les choses, a fait bouger les lignes. Les langues se sont déliées. Mais est-ce suffisant pour éviter qu’il ne soit ni récupéré, ni – pire- confisqué ?

 Après un départ tonitruant du président sortant Abdelaziz Bouteflika, puis sous couvert d’une politique anticorruption, on essaie désormais d’amadouer le peuple par des réformettes sans lendemain. 

Comment répondre aux préoccupations et aux exigences du peuple si ce n’est qu’en cherchant son adhésion ? Or les différentes élections passées nous amènent à réfléchir. Nous avons connu une présidentielle puis un référendum constitutionnel organisés sans le peuple, presque à huis-clos. Les taux d’abstention furent historiques, voire nuls dans certaines régions. 

Aujourd’hui encore les seules solutions de sortie de crise proposées sont des élections du même genre, qui semblent s’organiser sans aucune adhésion populaire. Force est de constater que la confiance entre le peuple et les dirigeants est rompue. Le divorce n’est pas très loin d’être consommé. 

Rétablir la confiance, une priorité pour une sortie de crise

Non, nous ne pouvons pas continuer avec des recettes obsolètes et dénuées de sens. Convoquer une énième élection pour élire des représentants du peuple sans son assentiment est un leurre, c’est mettre la charrue devant les bœufs.  Cela conduit à l’impasse sur le plan intérieur.

A l’international, l’Algérie doit reprendre de son autorité. Sur la scène du monde, en pleine évolution, il y aura des gagnants et des perdants. Osons espérer que le pays puisse faire partie du premier groupe. Le retard pris dans la mise en œuvre de vraies réformes à l’intérieur va pénaliser profondément le développement économique et social et l’influence du pays. 

Les prochaines élections législatives laissent présager un désaveu de la politique de l’Exécutif. Il est urgent que le débat sur le devenir du Hirak/Tanekra se fasse sans entraves. 

Il faut que le peuple se retrouve avec toutes ses composantes, de l’Est à l’Ouest, et du Nord au Sud du territoire. Une proposition pourra débloquer la situation : engager une conférence (ou convention) nationale qui jetterait les bases d’un débat démocratique, revivifié, impliquant toutes les composantes de la société.

Une telle conférence permettrait de dégager une solution pour une sortie de crise durable acceptée par une majorité réelle de citoyens.

De ces débats sortiraient des propositions concrètes et des personnalités dignes de confiance et avec lesquelles une « Algérie Nouvelle et Moderne » pourrait se bâtir !

Un processus "bottom-up", du terrain vers le haut

Force est de reconnaître qu’aujourd’hui aucun des partis en présence ne peut s’exonérer d’un examen de conscience. Sans les écarter, mais pendant qu’ils font ce travail nécessaire, il est essentiel d’initier dès maintenant des comités de salut public, tout d’abord au niveau communal, puis par paliers successifs jusqu’au niveau national, pour déboucher sur la Conférence nationale.

Un tiers de personnalités issues de la société civile devraient être à chaque étape une force motrice des travaux de ces comités, les partis politiques de toutes tendances et d’autres forces sociales s’intégrant aux travaux sans pouvoir prétendre à une position hégémonique. 

Cette conférence nationale aura la charge de concevoir un programme de sortie de crise que devra mettre en œuvre un gouvernement recomposé dit d’Union nationale. Elle n’aura pas vocation à se substituer à l’Assemblée. Les élections législatives devront reprendre leur cours, une fois le gouvernement d’Union nationale mis en place et les revendications de la société actées par décrets. Bien entendu, cela doit être accompagné d’une liberté de la presse et de l’arrêt immédiat des intimidations à l’encontre des manifestants. 

Cette procédure n’est pas explicitement prévue par la Constitution, mais les articles 7 et 8 ouvrent la voie à des initiatives audacieuses. "Le peuple est la source de tout pouvoir », dit le premier« "le pouvoir constituant appartient au peuple", affirme le second. L’esprit d’une conférence nationale sera tout à fait conforme à ces deux dispositions fondamentales. 

Le pouvoir a les pleins pouvoirs, qu’il les utilise donc pour rétablir la confiance et le lien avec le peuple.

Auteur
Lyazid Benhami, auteur et citoyen