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DECRYPTAGE

Pourquoi le maréchal Haftar n’a pas paraphé l’accord de Moscou

Cet accord dont l’AFP a obtenu copie, soutient l’initiative russo-turque de mettre en place « une cessation illimitée des hostilités » en Libye. Il prône « la normalisation de la vie quotidienne à Tripoli et les autres villes » et l’accès et la distribution "en toute sécurité" de l’aide humanitaire.

C’est certainement à cause de cette "désembrayage" de la ville de Tripoli que l’homme fort de l’Est de la Libye le maréchal Khalifa Haftar craint de perdre un avantage militaire alors que ses troupes sont stationnées aux portes de la capitale libyenne. C’est du moins ce que laisse entendre à l’AFP le président du conseil libyen Khaled El Mecheri qui s’est étonné d’un accord «arrangé à Moscou » sans «sans une rencontre physique»  entre Fayez El-Sarraj et le maréchal Khalifa Haftar.

Les discussions, à en croire un journaliste de « L’OBS français ont montré une influence grandissante voire très intéressée de Moscou dans le traitement de ce dossier jugé compliqué étant donné ce qu’il implique comme enjeux des uns et des autres dans cette régions.

L’Europe tente d’éviter un scénario syrien à ses portes et craint en cas d’embrasement un envahissement à ses frontières .Entre l’arrivée sur le terrain libyen de la Turquie, la présence suspectée de mercenaires russes et l’existence d’une multitude de groupes armés constatée sur le terrain notamment des milices jihadistes, des trafiquants d’armes et de nombreux passeurs de migrants, il y a de quoi paniquer.

Cette situation en Syrie, rappelons-le a contraint de nombreux pays européens à un semblant d’entente pour jouer un rôle de gendarmes du conflit en dépit que dans de nombreux cas, ils soutiennent des parties opposées. L’insistance de la Russie et la Turquie pour s’imposer comme médiateurs incontournables dans ce conflit qui a plongé la Libye dans un chaos qui ne date pas d’aujourd’hui mais depuis 2011 intensifié par l’implication française dans la chute de Mouaâmar Kadhafi, n’est pas du goût du maréchal qui continue à ne pas voir clair l’intérêt des Libyens, si l’on croit le président du conseil libyen.

Il faut reconnaître que l’Europe a recueilli ces dernières années des centaines de milliers de migrants fuyant les conflits du monde arabo-musulman. Le président français Emmanuel Macron qui a, selon toute vraisemblance, pris le « train en marche » et face à la crise sociale qui dure dans son pays, pousse vers un cessez-le-feu crédible pour rassembler les belligérants autour d’une table  pour dialoguer.

A part la reprise de l’aura politique de la Russie sur la scène politique internationale, Vladimir Poutine tente tout de même une offensive économique pour un débouché de son armement et son blé sans compter un encrage de sa présence en Afrique.

La Turquie quant à elle ne cache pas ses visées pétrolières. Elle a signé le mois dernier un accord avec le gouvernement libyen, reconnu internationalement, qui vise à créer une zone économique exclusive de la rive sud de la Méditerranée à la côte nord-est de la Libye.

Erdogan affirme que l'accord vise à protéger ses droits en vertu du droit international et qu'il est ouvert à la signature d'accords similaires avec d'autres États sur la base d'un «partage équitable» des ressources. Ceci devait rappelons-le engranger un sous-conflit collatéral puisque la Grèce et Chypre, qui ont depuis longtemps des différends maritimes et territoriaux avec la Turquie, disent que l'accord est nul et viole le droit international de la mer.

Ils y voient une saisie cynique des ressources conçue pour freiner le développement du gaz de la Méditerranée orientale et déstabiliser ses rivaux. La Grèce a déjà expulsé l'ambassadeur de Libye à Athènes et déposé une plainte auprès des Nations Unies. Chypre, où la partie nord de l'île est occupée par la Turquie, a soulevé ses propres objections.

Lors d'un sommet le 12 décembre dernier, les dirigeants de l'Union européenne ont publié une déclaration «sans équivoque» du côté des États membres, la Grèce et Chypre. D’autre part, l’Égypte et Israël, qui ont investi massivement dans l'exploration énergétique dans la région, sont alarmés par la décision turco-libyenne, qui pourrait menacer leur capacité à exporter du gaz vers l'Europe.

L'Égypte l'a qualifié «d'illégal et non contraignant», tandis qu'Israël a déclaré qu'il pourrait «mettre en danger la paix et la stabilité dans la région».

On a appris par une dépêche de l’agence Reuters le 22 décembre dernier qui cite la radio israélienne que finalement Israël entamera ses exportations de gaz naturel offshore vers l'Egypte à compter de la mi-janvier 2020. L'Egypte a conclu en 2018 un accord avec Israël pour la fourniture de gaz naturel des champs israéliens de Tamar et de Leviathan. Les sociétés israélienne Delek et américaine Noble, chargées du développement et de l'exploitation de ces deux champs gaziers, ont signé cet accord, d'un montant estimé à 15 milliards de dollars, avec le groupe égyptien Dolphinus pour un approvisionnement sur 10 ans. Les exportations "vont commencer à la mi-janvier, peut-être même avant. 

Face à cet enjeu géopolitique multiple, le maréchal Haftar a jugé nécessaire de prendre son temps quelques jours pour d’abord consulter ses alliés sur places et ne pas perdre par cet accord ses positions militaires aux portes de Tripoli. Ce n’est pas le cas du Président du GNA Fayez Al- Sarraj qui a signé sous l’influence de la Turquie, dit-on       

Auteur
Rabah Reghis
 

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