Aller au contenu principal
Body

DECRYPTAGE

Pourquoi l’Algérie doit blacklister ses relations commerciales avec le Liban (II)                                                                                                                                                          

Deux navires de Sonatrach séquestrés.

Sur ordonnance judiciaire, deux navires de cette filiale de Sonatrach ont été mis sous séquestre au Liban dans cette affaire de fuel frelaté rapporté par le journal francophone l’Orient je jour.

Plus grave, le ministre concerné par cette affaire s’est étonné de cet engrenage que la passion des uns et des autres semble le rendre incontrôlable. 

1- Cette escalade est montée d’un cran tout récemment 

Pour justifier la pénurie de fuel sur le marché libanais, alors que l’approvisionnement en courant électrique dans le pays est rationné et que les libanais se plaignent de ce rationnement drastique en électricité qui devrait durer jusqu’au 8 juillet, le ministre libanais de l’énergie, Raymond Ghajar, cité par la même source, a mis en cause, jeudi 02 juillet, la mise sous séquestre de ces deux navires d’une filiale de Sonatrach transportant du carburant vers le Liban.

« Le rationnement est dû à un manque de fuel. Si le fuel prend tant de retard à être livré, c’est à cause d’une affaire judiciaire », a déclaré Raymond Ghajar qui donne une nette impression de ne pas partager cette démarche judiciaire. Et de poursuivre : « Sonatrach refuse de nous livrer le fuel avant la levée du séquestre sur ses deux navires». « Après cette levée, nous reviendrons au contrat qui était en vigueur », a-t-il expliqué.

« Il n’y a pas de raisons financières derrière ce rationnement et 60.000 tonnes de fuel doivent être livrées la semaine prochaine. L’alimentation va s’améliorer avec la première livraison, et la seconde se fera cinq jours plus tard. La troisième doit intervenir le 17 juillet », a précisé Raymond Ghajar, ajoutant que «le rationnement durant le weekend sera similaire à celui qui a lieu aujourd’hui ».

Rappelons que du côté algérien, le président de la République a instruit le ministre de la Justice d’ouvrir une enquête sur l’affaire de la vente de carburant au Liban, avait indiqué le porte-parole de la présidence, Belaïd Mohand-Oussaïd, qui a considéré cette affaire comme étant «libano-libanaise et que l’Algérie en tant qu’Etat n’est pas du tout impliqué ».

2- Une deuxième mise au point du contractuel a mis les pendules à l’heure

Une deuxième mise au point  transmise par la concernée elle-même SPC BVI, filiale de Sonatrach à Londres (07) devait non seulement réfuter l’existence de ce dossier judiciaire dans son ensemble  mais aussi dément catégoriquement «les informations relayées par les officiels et certains organes de presse au surjet de poursuites contre elle par la justice libanaise ». Si un dossier de fuel défectueux existe bel et bien entre les mains de la justice libanaise, il ne pourrait être que libano-libanais car ni le contractuel lui-même, ni sa maison mère et encore moins son pays d’origine ne sont au courant.

Dans ce même communiqué et pour lever tout équivoque, la filiale a rappelé pour l’opinion internationale la relation contractuelle avec « l’Etat du Liban. »

Il s’agit de deux contrats signés en 2005 avec l’Etat du Liban que représente le ministère de l’énergie pour la fourniture à partir de 2006 du fuel oïl et du gas oïl pour les besoins de production d’électricités par l’Electricité Du Liban (EDL). Ces contrats ont été renouvelés pratiquement chaque 3 ans dans une relation commerciale la plus parfaite possible même lit-on « dans les moments les plus difficiles qu’a traversé le pays en dépassant parfois ses engagements contractuels pour assurer l’approvisionnement en électricité du peuple libanais.»

Depuis cette date, voilà plus de 14 ans, des centaines de navires ont été livrés sans que le contractuel n’ait été iniquité au sujet de la conformité de ces deux produits approvisionnées par ses soins. Elle a précisé par ailleurs que les termes du contrat avec l’Etat libanais sont clairs comme l’eau de roche. En ce qui concerne du transfert de la propriété du produit, les risques et la responsabilité de l’Etat du Liban représenté par son ministère de l’Energie est totale dès l’embarquement au port de chargement et la délivrance du certificat de qualité attestant de la conformité de la cargaison.

De fait, lit-on dans cette mise au point, "la cargaison du navire MT/Baltic, dont il est question dans cette malheureuse affaire, est devenue propriété et sous la responsabilité de l’Etat du Liban /ministère de l’Energie depuis son chargement au port." Il a été déchargé le plus normalement du monde et reconnu par la partie contractante libanaise comme répondant à toutes les normes demandées et exigées par le contrat.

Il se trouve qu’après analyse dans leur laboratoire le ministère de l’énergie a informé la SPC BVI d’une non-conformité de l’une des « normes de spécifications technique contractuelles qui est le « sédiment » qui a poussé deux sociétés privées qui font fonctionner certaines installations de l’Electricité du Liban à refuser d’utiliser le fuel oil en question. »

Après une contre-analyse faite par SPC BVI sur cette norme « sédiment », cette non-conformité é été confirmée. SPC BVI a envoyé donc comme d’habitude un navire vide pour recharger le fuel non conforme et le remplacer entièrement sur ses frais.

Pour éviter une pénurie de fuel dans les réservoirs d’Electricité du Liban, le 29 mars dernier, SPC-Sonatrach a dépêché le navire MT/British Cumulus, amarré dans les eaux territoriales du Liban, pour acheminer le fuel qu’il transportait au pays, bien que le processus de son accréditation n’ait pas été achevé.

Après un accord avec le ministère libanais de l’Energie, le navire MT/Sea Crown est arrivé vide au Liban pour recharger le fuel jugé non-conformes aux normes contractuelles, le 30 avril dernier. Pour des raisons mystérieuses  le navire, immobilisé sur les eaux territoriales libanaises, n’a été autorisé à recharger le fuel en question qu’un mois et demi après, soit le 24 juin dernier et l’opération est toujours en cours.

Depuis les ennuis se multiplient sans explication ni une  volonté véritable d’une négociation de paritaire commercial à un autre. Un autre navire envoyé le 04 mai dernier MT/Asopos transportant une autre cargaison de fuel n’a pas été autorisé à décharger sous prétexte cette fois- ci d’une autre norme contractuelle dite « densité » qui s’est avérée non conforme malgré le certificat de qualité délivré par le port de chargement. Il est actuellement immobilisé dans les eaux territoriales  libanaises sans décharger ni repartir.

Cette fois-ci l’analyse refaite par un organisme international américain spécialisé « SGS » a démontré que le fuel que transporte MT/Asopos est conforme au certificat délivré par le port d’embarquement. Le ministère libanais de l’Energie a été informé des résultats des analyses le 27 mai 2020, et il a autorisé le navire à décharger sa cargaison le 17 juin, soit après 40 jours d’attente et de retard qui cause une surestarie de plusieurs milliers de dollars.

Rappelons que le MT/Asopos est arrivé dans les eaux libanaises le 4 mai. En dépit de ces soucis créés selon toutes vraisemblance de toutes pièces pour des raisons que le contractuel ne comprend pas, notamment les problèmes de ses deux cargaisons MT/Sea Crown et le MT/Asopos, bloqués par les autorités libanaises, la SPC BVI sur recommandation de sa maison-mère garde la tête sur ses épaules et ne semble pas du tout emballée par ce jeu paradoxal libano-libanais.

Elle continuera donc à remplir son contrat pour assurer les besoins du Liban en fuel oil et gasoil « en urgence » pour pallier dans l’immédiat à la baisse de la production de l’électricité qui est devenu un problème sérieux ces derniers temps dans ce pays. D’ici au 31 décembre 2020, date d’expiration des deux contrats, le renouvellement sera peu probable.    

R.R.

Renvoi

(07)-https://www.algerie-eco.com/2020/07/07/affaire-du-fuel-frelate-au-liban-spc-sonatrach-reagit/

Auteur
Rabah Reghis