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DECRYPTAGE

Pourquoi l’appel des « 3 » est bref mais pragmatique ?

Il s’adresse d’abord au détenteur du pouvoir qui est incontestablement l’institution militaire que le peuple a choisi pour exercer sa souveraineté.

S’il y a une transition, et il y’en aura une selon des sources crédibles d’une durée de six mois qui est en cours de finalisation, elle sera installée sous les auspices de l’Armée nationale populaire qui en assure certainement l’accompagnement. Il retrace fidèlement l’historique de l’évolution des revendications du mouvement de dissidence populaire que les médias ont bien voulu l’appeler Hirak, un peu à la marocaine mais cet appel le met entre parenthèse pour bien stresser sur le caractère « massif et strictement pacifique » pour « crier » une intense colère contre une « humiliation » que le « système » pour se reconduire « tentait » de leur faire subir. Par sa sincérité et sa détermination, ces manifestations ont effectivement attiré l’admiration des peuples du monde entier et surtout rendu la dignité à tous les citoyens Algériens toutes générations confondues.

Ce qui est important à constater, c’est sans doute le renforcement de l’unité nationale et la "volonté du vivre ensemble  quelles que soient nos différences politiques, et nos sensibilités culturelles ou doctrinaire". Entendu sans aucun doute par là pour ne pas laisser le champ libre à des dérives fédéralistes et séparatistes  orchestrées, preuves à l’appui de l’extérieur que notre nation est fondée et nous n’avons pas à la refaire.

Nous vivons dans un territoire défini, nous connaissons notre communauté d’origine, notre histoire notre culture, nos traditions et notre langue mais une chose nous a été confisqué c’est notre souveraineté, nous l’avons récupéré et nous la déléguons cette fois- ci à qui « nous » choisirons pour l’exercer à notre place en toute liberté et transparence.  Ce qui est par contre éminemment contesté c’est l’administration de cette nation qu’il est impératif de changer pour obtenir les conditions favorables pour cet objectif salvateur celui de vivre dans un Etat de droit, Républicain et surtout citoyen.

En termes simples, Les changements vers une deuxième république ne devraient pas toucher les constantes nationales mais revoir les mécanismes de l’équilibre du pouvoir et surtout le verrouillage de  la constitution pour la protéger contre la violation aux grés des circonstances et des hommes. Revenir à une nouvelle constituante, c’est rejeter ce qu’il y a de positif dans l’existant et ouvrir la boîte de Pandore qui permettra aux virus de s’incruster dans cette cohésion populaire formidable.

L’appel brasse large en réduisant le « système » à 20 ans d’existence 

Est-ce une forme d’inclusion que de dire la "période de transition de courte durée, conduite par des hommes et des femmes n’ayant jamais appartenu au système profondément corrompu des vingt dernières années" ? Dans ce cas précis, il serait peut-être prétentieux  voire donner de faux espoirs et lui faire croire que l’ordre établi disparaîtra du jour au lendemain d’un clin d’œil. Cela prendra du temps car il s’agit d’une fermentation de plusieurs décennies.

Mais l’histoire se répète dit-on ! Car en réalité, la prise en main du pouvoir est vieille de 58 ans. Celle là même qui a mis en place ce « système». Il a débuté par ce que les Algériens ont identifié comme le clan d’Oujda en 1961, lorsque chef de l’armée des frontières le colonel Boumediene  confie à Abdelaziz Bouteflika sa première mission «diplomatique».Il était chargé de se rendre clandestinement en France pour rencontrer les chefs historiques du FLN, placés en résidence surveillée au château d’Aulnoy, dans la Seine-et-Marne. Le colonel Boumediene veut s’assurer d’un appui politique dans la perspective d’une prise de pouvoir, dans la foulée du départ des Français.

Il mise sur Mohamed Boudiaf, dirigeant de la fédération de France du FLN et ministre du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Mais Boudiaf refuse sèchement. Tout comme Hocine Aït Ahmed, lui aussi sollicité. Bouteflika, lui, parie plutôt sur Ahmed ben Bella, qui a sauté sur l’occasion qui lui sera fatale quatre ans plus tard. Rédha Malek qui racontait dans son livre les péripéties des accords d’Evian, est revenu sur cet alliance en la résumant à sa manière : «Boumediene avait besoin d’un politique et Ben Bella d’un fusil » Ce soutien militaire contre légitimité politique, sera scellé entre le clan d’Oujda et Ben Bella, par l’intermédiaire de Bouteflika, il  va s’avérer fondamental au cours de «l’été de la discorde» de 1962. Les accords d’Evian ont été signés le 18 mars, l’indépendance reconnue le 3 juillet.

L’Algérie est enfin un pays libre, après cent trente-deux ans d’occupation française et huit années d’une sale guerre qui laisse derrière elle 1, 5 millions de martyrs. Pendant que le peuple était en euphorie pour s’savourer sa liberté  nuits et jours en plein été, les clans au sein du FLN se déchiraient dans des luttes pour la prise du pouvoir. Deux factions s’affrontent : le pouvoir civil derrière le GPRA, et les militaires, avec le clan d’Oujda.

Le premier est soutenu par les wilayas de l’intérieur et le FLN français. Les seconds par l’armée des frontières du colonel Boumediene. Celui-ci va s’imposer par la force : le 9 septembre 1962, ses troupes - rebaptisées Armée nationale populaire - entrent dans la capitale. Ahmed ben Bella rejoint Houari Boumediene à Alger et organise un meeting populaire au stade municipal, avec défilé militaire.

Battu, le GPRA capitule sans conditions. Depuis, le peuple restera conduit d’une manière directe et indirecte par un pouvoir militaire à ce jour où ce déclic du cinquième mandat lui a inculqué que sa liberté effective ne l’atteindra que lorsqu’il se débarrasse de ce « système ». Il s’agira donc d’un processus long, laborieux mais le calme, la sérénité par un dialogue  « réel » contribuera à créer les conditions idoines pour un départ effectif vers cet objectif pour au moins les générations futures.

Auteur
Rabah Reghis
 

Commentaires

Permalien

comment oser ainsi appeler la légendaire fédération du FLN en France. ? un recyclage en langue française s'avère nécessaire.

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