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ENTRETIEN

Professeur Abdelhak Lamiri : "L’absence de stratégie nous est fatale"

Le professeur Abdelhak Lamiri est un économiste reconnu et auteur de plusieurs publications. Connu des professionnels comme du public, ses analyses de prospective économique, se sont souvent avérées pertinentes et très proches de la réalité une fois les événements survenus. Il a accepté de répondre à nos questions en cette période de doute et d’incertitude.

Le Matin d’Algérie : La pandémie du Covid-19, qui dure depuis plus d’un an, principale cause de la récession dans le monde et particulièrement les pays en voie de développement, a été exacerbée en Algérie par un déclin de l’économie, qui a débuté  18 mois plus tôt au moins, due essentiellement à l’instabilité politique qui a prévalu durant cette période. Quatorze  mois de  Hirak et 4 mois de flottements avant le début du mouvement, avaient déjà immobilisé dans une certaine mesure l’économie nationale. Soit près de 30 mois (deux ans et demi) au total. Aujourd’hui, on parle de millions d’emplois perdus et de centaines de milliers d’entreprises qui ont cessé toute activité. Pourriez-vous nous décrire votre perception de l’économie algérienne actuellement ?

Professeur Lamiri : L’économie algérienne a subi de plein fouet non pas un mais deux chocs très sévères en même temps. L’économie mondiale a subi la plus grande récession de son histoire après la crise de 1929. Une décroissance de plus de 6% au lieu d’une croissance de près de 3%. Nous avons eu cette situation nous-mêmes. Cependant, en plus, l’effondrement des prix pétroliers complique davantage la situation et ce second choc est pertinent uniquement aux pays exportateurs dépendant des hydrocarbures. Les institutions internationales situent la récession en Algérie vers 5 à 6%, donc nous sommes dans la moyenne mondiale. Tant que les réserves ne sont pas arrivées à six mois d’importations nous pouvons tenir encore. Mais pas trop longtemps, d’où la nécessité de lancer un grand débat national sur le devenir du pays afin d’aller vers une meilleure planification stratégique et une mobilisation de tous les cerveaux des Algériens pour venir à bout de cette crise.  

Le Matin d’Algérie : Dans votre livre "La décennie de la dernière chance" paru aux éditions Chihab en 2013 vous déclariez : "Le scénario  de la dernière chance est fort probable si des mesures salutaires et radicales ne voient pas le jour rapidement. Tout le monde y perdrait. Y compris des responsables qui seront poursuivis à travers le monde entier pour dilapidation des deniers publics. Les citoyens ordinaires vivront un cauchemar plus affreux en termes de violences, chaos et dégradation des conditions de vie, que celui vécu durant les années 1990". 

Cette phrase prophétique écrite il y a 8 ans décrit exactement la situation actuelle mis à part la violence qui n’est pas encore, fort heureusement,  à l’ordre du jour. Comment le pays en est arrivé là malgré les recettes faramineuses engrangées durant la décennie  écoulée? La propagation de la corruption justifie-t-elle à elle seule notre lamentable échec économique ?

Professeur Lamiri : Heureusement que la violence ne s’est pas installée mais c’est en grande partie dû au Covid-19. A quelque chose malheur est bon. On a eu une économie dévastée, des dizaines de milliers de morts (pandémie) mais on a eu un répit politique. Donc l’aspect violence a été évité pour le moment mais il ne peut durer que si on trouve un compromis politique qui satisfasse  la vaste majorité des Algériens. Il y a beaucoup de facteurs qui expliquent la dégradation rapide de la situation dont la corruption est un élément fondamental. Elle a pratiquement laminé le pays, les institutions et les entreprises ces vingt dernières années. Mais ce qui explique également les détériorations c’est quelque chose de simple que nos décideurs n’ont pas compris depuis 1962.

Nous avons un tissu d’institutions et d’entreprises (notre boîte noire économique) qui détruit les ressources au lieu de créer de la richesse. Lorsque le gouvernement chinois injecte un dollar dans l’économie par divers mécanismes (crédits, salaires, dépenses militaires etc.) l’économie crée avec cet input 2,5 à 3 dollars de richesse.

En Algérie, il faut injecter au moins 3,5 dollars dans l’économie pour produire un dollar de produits ou de service.

Le multiplicateur est inférieur à 1. Personne ne s’est jamais posé la question pourquoi et qu’est-ce qu’on doit faire pour inverser le processus. Tant qu’on travaille sur l’hypothèse que nous avons une économie normale et qu’il suffit de plus de financement, de création d’infrastructures et d’entreprises pour se développer on fonce droit sur le mur. J’explique tout cela en détail dans l’ouvrage et je donne toutes les solutions que nous allons résumer ici.

Le Matin d’Algérie : Invitée au forum quotidien Echaab le ministre délégué auprès du Premier Ministre, chargé de la prospective, M. Belmihoub, a déclaré que l’économie nationale devait relever le challenge de la création d’un à deux millions de nouvelles entreprises toutes tailles et de tous secteurs confondus en 2021 pour soutenir le développement. Sachant que le nombre d’entreprises que compte actuellement l’Algérie est de 1,1 million, dont une bonne partie est en grande difficulté ; pensez-vous qu’il soit réaliste d’envisager cela dans la conjoncture que nous traversons ? Quel en serait le coût ?

Professeur Lamiri : Il y a beaucoup à dire sur la question. Premièrement il est vrai que nous manquons au moins d’un million et demi d’entreprises et qu’à moyen terme, il faudra les créer pour de multiples raisons : emploi, réduire les importations, préserver les réserves, réduire les détresses sociales (harga etc.). Il y a aussi le fait que nous avons exagéré le financement des infrastructures au détriment des investissements productifs les vingt dernières années.

Nous avons laissé le pays très vulnérable dans sa sécurité alimentaire et énergétique. Ceci dit , premièrement nous avons presque la moitié des entreprises qui existent déjà qui risquent de disparaître à cause de la situation sanitaire du Covid-19. Il faudrait avoir un plan de sauvetage plus musclé. Aujourd’hui, obtenir un crédit pour survivre est pratiquement impossible surtout pour une entreprise privée alors que 90% de la richesse hors hydrocarbure est produite par le privé. Il faut repenser toute la stratégie de sauvetage de nos entreprises actuelles.

Le coût de création d’un million de nouvelles entreprises n’est pas forcément très exorbitant au départ (vers 11 milliards de dollars). Mais avons-nous créé les conditions de réussite de ces nouvelles entités ?

Ce qui fait réussir les entreprises, ce sont la qualité des managers et des services d’appui. Où sont les sociétés spécialisées en création d’entreprises, en qualité, en exportation, les incubateurs, les accélérateurs, en stratégie de petites entreprises etc. ? Pour les structures d’appui où sont les sociétés spécialisées en débureaucratisation, en management des entreprises locales, en planification locale etc. ?

On a l’impression qu’on refait toujours la même erreur : essayer de se développer sans l’industrie du savoir qui crée l’efficacité institutionnelle. On pourrait retomber sur la problématique des entreprises publiques locales qu’on a dû mettre en faillite après des décennies de destruction de richesses. Sans parler de quelque chose de plus important : la mise à niveau de nos ressources humaines (managers, ingénieurs, administratifs etc.), des institutions et des entreprises qui vont constituer l’écosystème de ces nouvelle entités. On a l’impression qu’on n’a pas appris nos leçons depuis 1962.

Le Matin d’Algérie : Le ministre des Mines, M. Arkab, a annoncé le lancement du projet d’exploitation de la mine  de fer de Ghar-Djebilet, d’une capacité de 12 millions de tonnes par an, en partenariat avec un opérateur étranger. Située dans la wilaya de Tindouf, cette mine est l’une des deux de méga-gisements de fer que compte la wilaya dont les réserves ont été évaluées à  3.5 milliards de tonnes. Un autre projet situé dans la wilaya de Tébessa, Annaba et Souk-Ahras atteignant 2 milliards de réserves reste à concrétiser selon le ministre. Le développement du secteur minier semble être l’une des principales options pour la diversification de l’économie et l’accroissement des recettes hors hydrocarbure qu’en dites-vous ? 

Professeur Lamiri : Je crois qu’il faut utiliser toutes nos potentialités économiques et le secteur minier en fait partie. Il faut s’assurer de la rentabilité à long terme de ces projets et de leur viabilité. Les terres rares sont plus polluantes que le gaz de schiste. Il faut donc des précautions maximales. C’est à nos experts en environnement de nous dire si on peut maîtriser les processus écologiques et ne pas courir des risques démesurés. Si telle est la situation, il faut y aller. Les USA exploitent très peu leurs terres rares et préfèrent les importer de Chine pour des raisons environnementales. Il faut étudier les expériences mondiales dans le domaine et prendre les meilleures pratiques. Mais exploiter toutes les richesses serait une excellente chose si on mettait cet argent dans les qualifications humaines et l’industrie du savoir. Il ne faut pas s’appauvrir en ressources pour perdre encore ces richesses comme nous l’avions fait durant les années 2000.

Le Matin d’Algérie : Lors de l’ouverture de la conférence nationale sur la relance économique et sociale le Président Abdelmadjid Tebboune déclarait que le pays visait à atteindre un niveau d’exportation hors hydrocarbures de 5 milliards de dollars durant l’année 2021. En tenant compte de la conjoncture mondiale et des faiblesses structurelles de l’économie considérez-vous que cela est réalisable ?

Professeur Lamiri : Le président de la république parlait d’une année normale pas douze mois catastrophiques comme nous venons d’en avoir. 2020 ou 2021 doivent être exclus de cet objectif. Ce but est réalisable si l’on fait des efforts considérables dans de nombreuses directions (tourisme, agriculture saharienne, PME/PMI) et surtout si on crée les industries du savoir pour booster l’exportation. Mais avec la configuration actuelle on peut faire quelques progrès mais ne pas atteindre encore cet objectif. Mais à moyen terme avec la mise à niveau des cerveaux et du management nous pouvons le dépasser. Mais nous ne sommes pas en train de travailler dur dans cette direction. 

Le Matin d’Algérie : L’Etat, par la voie de son ministre de l’Industrie, a exprimé sa volonté de privatiser certaines de ses entreprises publiques via une introduction à la Bourse d’Alger et l’ouverture de capital. Décidée  il y a déjà trente ans, la  privatisation des entreprises publiques n’a pu se concrétiser pour diverses raisons et s’est soldée par un échec. Pendant cette période de récession et d’incertitude politique, quelle chance a-t-elle d’aboutir ? Quelles en sont les facteurs clés de succès ? 

Professeur Lamiri : Une telle opération n’est pas facile à réaliser et si c’était facile on ne l’aurait pas évoqué des dizaines de fois sans la concrétiser. Le problème avec tous ces mini-plans c’est qu’ils ne s’intègrent pas dans un processus stratégique du long terme. Il faut qu’il y ait de la confiance et de l’efficacité dans la conduite des réformes pour réussir. Nous n’avons ni l’un ni l’autre. Par exemple, nous n’avons pas créé un genre de fonds de restructuration adossé à une grande expertise technique pour faire le toilettage des entreprises lors des processus de privatisation (traiter les sureffectifs, opérer les essaimages pour redimensionner les entreprises etc.). Il nous manque toujours les institutions et les industries du savoir pour réussir ces programmes.

Le Matin d’Algérie : La question de la dévaluation vertigineuse du dinar inquiète les opérateurs économiques et l’opinion publique comme celle d’ailleurs de la fonte des réserves de change. Le recours au FMI ou à l’endettement  extérieur en général a été écarté par le chef de l'Etat, comme celui d’ailleurs de la planche à billets. Comment se sortir de cette impasse pour financer le fonctionnement de l’Etat et le développement ?

Professeur Lamiri : Il y a plusieurs questions à l’intérieur de cette préoccupation. Premièrement, nous assistons à une dévaluation administrative et non un flottement dirigé par le marché. Il faut laisser le dinar flotter et utiliser les ressources de la dévaluation pour opérer des subventions ciblées (le système d’information attendu depuis 7 ans) pour les personnes les plus vulnérables et les inputs pour les produits stratégiques. C’est long et laborieux à expliquer mais c’est la seule manière de protéger les réserves. Cette question fait l’hypothèse que les ressources mobilisées seront utilisées efficacement. On peut se développer sans ressources. La Corée du Sud s’est développée avec l’endettement (surtout les crédits allemands). Mais elle a financé la science, les cerveaux humains, un management de classe mondiale avant de donner de l’argent aux entreprises et aux institutions. Nous allons mobiliser des ressources pour les donner à gérer à des banques, des administrations et des entreprises en grande partie totalement sous gérées ; on reviendra à la case départ. Maintenant si on fait une réingénierie globale de l’économie nationale ce que l’on a en réserve suffit. On ne voit pas ce programme de bon fonctionnement, c’est cela le problème. 

Le Matin d’Algérie : Un plan de relance économique élaboré par le ministère délégué chargé de la Prospective pour la période 2020-2024 afin de sortir le pays de la dépendance aux hydrocarbures a été présenté à la presse, qu’en dites-vous ?

Professeur Lamiri : J’ai déjà expliqué les bonnes et les mauvaises choses qu’il y a dans ce plan : le manque d’entreprises et l’excès d’investissement dans les infrastructures expliquent ce plan. Par contre, il ne comprend pas les conditions de réussite : un plan stratégique du pays, une séparation du politique et de la technique et sa réhabilitation, la mise à niveau des cerveaux et des institutions, la réorganisation de l’Etat pour développer une cohérence institutionnelle. Tout ceci pourrait faire déraper le plan en question.

Le Matin d’Algérie : Sur les ondes de la Chaîne 3 vous avez déclaré que le plus important  avant d’entreprendre une quelconque action dans le domaine de l’économie il fallait régler la question politique. Dans le même ordre d’idées, Tony Blair lors de la présentation de ses mémoires sur un plateau de télévision, répondait à une journaliste qui lui demandait son avis sur une projection faite par des économistes : « il n’y a pas d’économie il y a que la politique ». Dans le sens où rien ne peut se faire sans une réelle volonté politique. Pourriez-vous nous éclairer sur l’interdépendance entre ces deux domaines de la vie du pays dans cette période dite de transition ? Leur phasage ?

Professeur Lamiri : Beaucoup de chercheurs en économie du développement ont jeté l’éponge et déclaré que le problème de l’émergence et du développement est surtout un problème politique. Techniquement on sait comment développer un pays. Mettez dans une institution les meilleurs cerveaux algériens (économie, politique, éducation, physique, médecine etc.) dans une institution avec plein de pouvoirs et ils vous feront un plan de développement, une stratégie Algérie 2050, qui va tirer le pays hors du sous-développement. Considérez les pays sous-développés, les décisions techniques sont prises par le politique.

Par exemple, nommer un directeur de banque ou un directeur d’industrie dans une wilaya est un aspect technique. Dans un pays sous-développé cela se fait politiquement. On n’a pas réussi à séparer la technique du politique. Vous avez parlé de phasage c’est bien vu. Je vais vous expliquer la problématique.

Nous sommes dans la même situation qu'un parent riche qui a un enfant alcoolique et drogué. Il a deux options. Il peut choisir le phasage numéro un : donner beaucoup d’argent à son fils pour construire son avenir. Le résultat serait que cet enfant ira se droguer, boire beaucoup et donc dilapider cet argent. C’est ce qu’on a fait depuis l’indépendance et surtout durant les années deux mille et ce qu’on risque de faire encore.

Le phasage numéro deux consiste d’abord à désintoxiquer l’enfant, l’aider avec un psychologue, le rendre ensuite lui donner de l’argent. Alors seulement, l’enfant se construira un bel avenir. Nous sommes en train de récidiver, faire la même erreur : donner plus d’argent à des entreprises et des institutions intoxiquées et incapables de construire leur avenir. Il faut les rendre capables de développer un pays avant de leur donner de l’argent. Cette erreur a été faite depuis 1962. 

Le Matin d’Algérie : Et si réforme il y a, est-il possible de l’envisager sans l’adhésion de la majorité des acteurs dans la vie économique : entrepreneurs,  travailleurs, citoyens à travers tout le territoire national, des plus grandes villes aux villages les plus reculés ?

Professeur Lamiri : Oui c’est ce que font les pays qui se sont organisés pour se développer. Il y a une institution cerveau comme KDI (Korean Development Institute) ou le comité de stratégie de Malaisie qui écoute toute l’intelligence du pays : les laboratoires de recherches, les partenaires sociaux, les ONG et les simples citoyens. Les objectifs politiques sont alors transformés en plans techniques par cette institution qui est à l’écoute de millions de cerveaux. Nous n’avons ni cette organisation ni cette culture.

Le Matin d’Algérie : N'est-ce pas l'absence d'une vision stratégique pragmatique à long terme, claire, énoncée et exposée d'une façon accessible à tous sur ce que devrait être l'Algérie et l'Algérien de demain à l'intérieur comme dans son environnement régional ou dans le monde sur tous les plans et particulièrement d'un point de vue économique, qui est à l'origine de cette immobilité chronique qui ronge le pays ?

Professeur Lamiri : Oui, l'absence de stratégie nous est fatale. En son absence on ne sait pas où l’on va et il est impossible de coordonner les activités. Par exemple, en Asie 80% des formations universitaires sont commandées par les utilisateurs, les hommes d'affaires. On ne peut pas continuer à avoir des lois de finance et des plans de dépenses et croire qu’on va s’en tirer.

Il nous faut une stratégie Algérie 2050 ou 2060. Nos meilleurs experts savent comment la faire. Il faut une forte volonté politique pour la réaliser.

Absolument l’absence de vision stratégique est une faille monstrueuse dans l’édifice de construction du pays. Ce point de vue fait l’unanimité des experts nationaux et expatriés mais aucun décideur n’a jamais fait face à ce problème depuis le processus de transition à l’économie de marché. 

Le Matin d’Algérie : Faudrait-il relancer l’économie, la réformer ou mener une "révolution économique" avec tout ce que cela implique: changement des mentalités, des réflexes, d'habitudes et surtout de paradigme ?

Professeur Lamiri : Tout cela est un non-sens. Les politiciens et beaucoup de néophytes ne jurent que par le changement des mentalités. C’est un non-sens. Les mentalités ne changent jamais et seuls les psychiatres réussissent quelquefois à le faire. Mais les économistes et les managers ne savent pas. On a besoin simplement de changer les comportements des gens c’est suffisant. Une petite anecdote explique la situation.

Durant la révolution communiste en Chine, Mao voulait changer la mentalité des paysans pour résoudre le problème des famines. Il a collectivisé la terre et avant de travailler les paysans devaient écouter les brigades du Parti communiste leur lire de "Livre rouge" de Mao pour changer leurs mentalités et travailler plus.

Résultat : en trente ans la production agricole stagnait et il y eu des dizaines de millions de morts à cause des famines (c’est à cette époque que les Chinois ont appris à manger les rats et les animaux qui nous transfèrent les virus). Après le décès de Mao, Deng Xiaoping donna à chaque paysan une parcelle de terre à cultiver pour lui, le laissa vendre au marché libre et plus de livre rouge de Mao. En trois ans la production agricole chinoise avait doublé et continuait à progresser vigoureusement.

Mao voulait changer les mentalités, et les réflexes, réformer, introduire une révolution économique et un nouveau paradigme. Deng Xiaoping voulait changer simplement les comportements en introduisant des mécanismes simples et universels. S’il vous plait ne parlez jamais plus de changement de mentalité. Laissez cela aux politiciens. Ils se rendront compte dans quelques siècles qu’ils ont perdu beaucoup de temps et de salive. 

Le Matin d’Algérie : Quelles sont, selon vous, les approches à privilégier, les actions, les mesures ou les décisions à prendre, dans ce nouveau monde de l’après-Covid pour renouer avec le développement et la croissance, aller vers l’émergence, et pourquoi pas, à moyen terme intégrer le très probable futur BRICS-plus ?

Professeur Lamiri : J’ai tout détaillé dans l’ouvrage et c’est gratuit ; de plus je ne serai jamais candidat à un poste politique. Je suis un scientifique et je le resterai toute ma vie. L’ouvrage contient plus de cent pages sur les solutions pour redresser et développer le pays. Mais en très bref : créer cette institutions d’intelligence, plan stratégique Algérie 2050, mise à niveau des cerveaux et des institutions d’abord avant tout autre chose (désintoxiquer et désalcooliser), séparer les missions techniques et politiques, créer les industries du savoir, mettre à niveau les institutions de formation, accélérer les recyclages de tous, moderniser le management des entreprises et des institutions administratives et ce n’est qu’à  et à ce moment-là seulement qu’on devra  mobiliser les ressources pour créer, développer de nouvelles entreprises ou de nouvelles infrastructures.

Depuis 1962 on met la charrue avant les bœufs. Cette fois-ci, mettons les bœufs avant la charrue.

Auteur
Entretien réalisé par Djalal Larabi