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POUVOIR

Quand Gaïd Salah parle comme un Premier ministre !

Un vice-ministre de la Défense qui marche sur les plates-bandes du Premier ministre. C'est la gouvernance versus Gaïd Salah-Noureddine Bedoui.

Au risque de nous répéter, en quoi et pourquoi l'armée doit-elle assurer la transition ? Sommes-nous sous une situation d'exception pour que l'armée mène la transition pour organiser la présidentielle ? Avec toute la bonne volonté qu'on pourrait mettre, il demeure qu'il y a assurément mal-donne dans le discours de Gaïd Salah ce mercredi.

Le général-major parle politique et sort de ses prérogatives allègrement de patron de l'armée. Mais que fait le Premier ministre ?

Ainsi, le général de corps d'armée Ahmed Gaïd Salah, a affirmé mercredi à Oran que l'ANP accompagnera la période de transition destinée à la préparation de l'élection présidentielle. Grand bien nous fasse donc ! L'armée qui surveille, mais que font les autres institutions ? Si l'on s'en tient encore à cette Constitution, pourquoi c'est au vice-ministre de la Défense de parler de la présidentielle, pas aux autres ministres de souveraineté (Intérieur et justice) censés mener l'élection ? 

"(...) la période de transition destinée à la préparation des élections présidentielles se fera avec l'accompagnement de l'Armée nationale populaire, qui veillera au suivi de cette phase",  souligné Gaïd Salah dans une allocution prononcée au siège du Commandement de la 2ème Région militaire.

Donc cette période se fera selon les plans de l'Armée avec ce gouvernement et ce président en intérim, dénoncés par des millions d'Algériens. Exit donc les revendications populaires et celles de la société civile.

Pourtant, le vice-ministre de la Défense invoquera une "confiance réciproque entre le peuple et son armée, dans un climat de sérénité et dans le strict respect des règles de transparence et d'intégrité et des lois de la République".

Evidemment Gaïd Salah n'a pas raté l'occasion de parler de l'apparition, au début de cette nouvelle phase, de tentatives de la part de "certaines parties étrangères" d'imposer certains individus comme "représentants du peuple en vue de conduire la phase de transition, afin de mettre en exécution leurs desseins visant à déstabiliser le pays et semer la discorde entre les enfants du peuple, à travers des slogans irréalisables visant à mener le pays vers un vide constitutionnel et détruire les institutions de l'Etat".

Qui sont ces "parties étrangères" ? Ou ces "personnes" qui voudraient du mal au pays ? Ce sont ces millions d'Algériens qui recouvrent leur droit à la souveraineté ? Mystère ! Pour l'histoire, c'est Ahmed Ben Bella qui a, le premier, parlé de "la main de l'étranger" à l'automne 1963 quand le FFS a décidé de prendre le maquis.

En 2019, les Algériens n'auront pas de réponse sur ces "mains de l'étranger", qui leur veulent du mal. ils resteront sur leur faim. Apparemment seul Gaïd Salah les connaît.

De fil en aiguille, ce dernier renvoie à leurs thèses tous ceux qui proposent une autre voie que la sienne. Car le puissant vice-ministre observe qu'il est "irraisonnable de gérer la période de transition sans les institutions qui organisent et supervisent cette opération". Comprendre : c'est le choix de l'armée qui passera, marchera qui veut, dénoncera qui veut.

Les pieds dans le plat de la justice

Comme pour rassurer encore l'opinion qui s'impatiente de voir des têtes tomber, Ahmed Gaïd Salah lâche cette phrase lourde de sens : "La justice, qui a recouvert ses pleines prérogatives, est désormais en mesure d’entamer des poursuites judiciaires contre toute la bande impliquée dans les affaires de détournement et de dilapidation des fonds publics, et que la question s’étendra également aux affaires de détournement précédentes". Comprendre qu'avant la justice ne l'était pas.

Mais le hic c'est cette confusion des genres. En effet, en quoi un militaire aussi vice-ministre de la Défense qu'il puisse être, est-il concerné par le ministère de la Justice et des affaires de corruption ? N'y a-t-il donc personne dans ce département pour faire les annonces ?

Mais on est en Algérie, et à l'orée du printemps 2019 le général-major Gaïd Salah est tout et partout.

L'orateur va plus loin : "Nous rassurons l’opinion publique que la question s’étendra à tous les dossiers précédents, comme l’affaire d’El Khalifa, de Sonatrach et du Boucher".

Auteur
Hamid Arab