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TRIBUNE

Quand la vie est sacrifiée pour éviter de ne mourir jamais du Covid-19

« Tenir à la vie est une faiblesse mortelle. Les civilisations sont créées par des gens qui n'ont pas peur de mourir et perdues par des gens qui aiment vivre. », Patrick Besson

Quoique la mort constitue l’étape finale naturelle de notre vie, elle semble, grâce notamment aux progrès extraordinaires de la médecine, avoir disparu de notre univers mental et de notre perception visuelle. En particulier, dans les sociétés développées où l’espérance de vie ne cesse d’augmenter, où les guerres et les famines ont disparu de leur paysage social (du moins jusqu’à présent car, à la faveur de la récession économique actuelle, la famine comme la guerre risqueraient de perturber cet ordonnancement paisible existentiel).

Ainsi, les limites de la mort ont été considérablement reculées, à tel point que la vie s’apprêterait à tutoyer l’immortalité, selon les vœux de nombreux bonzes amateurs de sciences fictions. En effet la tentation de prolonger indéfiniment la vie enflamme le cerveau de certains scientifiques extravagants, notamment des médecins, adeptes de l’acharnement thérapeutique car, pour eux, la mort est devenue inacceptable, inconcevable.

De nos jours, la mort est vécue comme un échec de la médecine et de la société, qui n’ont pas su pérenniser la vie. La mort est devenue un affront à la dignité de l’homme moderne pétri d’orgueil scientifique. Presque un scandale, voire une anomalie. Pourtant, hier encore, la mort fauchait des êtres dans la fleur de l’âge : la mortalité infantile était très répandue, celle des femmes lors de l’accouchement également fréquente.

La mort rythmait le cours de l’existence, elle partageait la vie de nos aïeux à la longévité très brève. Le deuil habitait leur maison dès le seuil de la vie souvent abrégée par la maladie ou la malnutrition. Les cimetières ceinturaient leur village ou étaient érigés comme des monuments au centre du village constamment endeuillé. Les enterrements cadencés la vie des villageois. La mort, l’enterrement et le deuil réglaient la vie ritualisée de nos prédécesseurs. Ces moments étaient solennisés. La mort côtoyait amicalement la vie. Toutes les deux cheminaient ensemble à un rythme accéléré, la mort triomphant de la vie rapidement essoufflée faute de nourriture et de médication.

Depuis plusieurs décennies, tous ces rites funèbres avaient disparu du paysage social. La mort était occultée. Elle était devenue un sujet tabou. Dans les villes, la majorité des personnes mourraient incognito à l’hôpital, dans l’anonymat familière, souvent dans la solitude, après avoir été maintenues en survie à l’aide d’appareils médicaux déshumanisés, afin de prolonger éternellement leur vie pourtant morbide.

La mort était devenue presque une anomalie. Une énigme. Un fantôme, à l’existence irréelle tant elle avait disparu de l’univers mental d’une société où l’homme se croyait immortel.

Puis, soudain, avec l’apparition de l’épidémie du Covid-19, malgré la faiblesse de sa létalité, les États et les autorités médicales ont ressuscité la mort comme spectre épouvantail dans le dessein de terrifier les vivants pourtant en bonne santé, terroriser les populations à l’espérance de vie jamais atteinte dans l’histoire de l’humanité.

Avec le surgissement de l’épidémie du Covid-19, tout ce se passe comme si les médias aux ordres avaient découvert soudainement que l’homme est mortel. Aussitôt, la mort avait commencé à envahir l’espace public, à pénétrer dans les foyers via les écrans plasmas.

Chaque jour, à l’heure de passer à table, en guise d’hors d’œuvre les chaînes de télévision nous servent sur leurs plateaux un décompte des morts du Covid-19. Or, comparativement aux multiples décès provoqués par des maladies autrement plus graves et invalidantes, ces morts « covidatoires » sont dérisoires. La preuve par les statistiques de la mortalité mondiale.

Chaque année, 60 millions de personnes décèdent dans le monde. Cette année 2020, le Covid-19 ne bouleversera pas le chiffre de la mortalité mondiale. La mortalité du Covid-19 est inférieure à 0,5 %. Pourtant, à lire et à entendre les autorités gouvernementales et médiatiques, le Covid-19 serait une maladie extrêmement dangereuse, capable d’anéantir toute l’humanité. Pour autant, en 2020, les causes principales de la mortalité vont demeurer identiques aux années précédentes.

En revanche, d’autres maladies autrement plus mortelles continueront à s’approvisionner en femmes et hommes fauchés souvent en pleine jeunesse : pathologies cardiovasculaires (18 millions), cancers (neuf millions de morts par an), famine (9 millions de morts par an), pollution, broncho-pneumopathies (3,5 millions), infections respiratoires hors-Covid (2,5 millions, dont 600 000 pour la grippe), tuberculose (un million), paludisme, SIDA, hépatites, accidents de la route, guerres, etc.

Pourtant, pour enrayer toutes ces meurtrières pathologies, on n’avait jamais pris aucune mesure de fermeture des commerces, d’arrêt de l’économie, ni de dispositions de restrictions des libertés individuelles et collectives, ni encore moins d’imposition de confinement.

En tout état de cause, pour un sérial killer, le Covid-19 est un gentil meurtrier comparé à ses congénères pathologiques, notamment le cancer ou les pathologies cardiovasculaires. Qui plus est, comme le Covid-19 tue principalement des personnes avec une espérance de vie déjà basse, cette année il n’aura provoqué pour l’instant aucune surmortalité. La moyenne d’âge des patients décédés avec le Covid-19 est de 81 ans. Or, cette moyenne d’âge correspond à celle de l’espérance de vie.

La finitude, la décrépitude, l’incertitude font partie de la condition humaine

Une chose est sûre : dans la vie, nous avons 100% de risque de mourir. Néanmoins, la bonne nouvelle est que nous avons 99,7% de chance de ne pas mourir du Covid-19. En revanche, aujourd’hui, en 2020, par la grâce du capitalisme pathogène et destructeur, nous avons 100% de risque de mourir socialement en dépit de notre bonne santé professionnelle, et, du fait de l’effondrement programmé de l’économie, de mourir de faim. Si le Covid-19 a 0,3% de chance d’embraser et de terrasser notre corps en quelques jours, le capitalisme, lui, nous tue à 100% à petit feu durant toute notre pathologique existence vécue sous sa dominante « civilisation » destructrice ; et actuellement, il nous assassine à un rythme industriel, de manière massive.

Préférerions-nous attraper l’Alzheimer ou le cancer (ou d’autres pathologies létales), qui dévorent graduellement, durant des années, nos cellules somatiques ou « neuronales », quel que soit notre âge ou notre santé, ou le Covid-19 qui étouffe brutalement notre corps en quelques jours quand on est seulement très âgé et extrêmement fragile ?

Devrions-nous nous inquiéter de la santé des personnes âgée au crépuscule de la vie ou du destin social de la jeunesse à l’aube de la vie, jeunesse source de la bonne santé économique ?

Devrions-nous craindre une hypothétique maladie dont l’âge des décès est de 81 ans, ou la mort sociale certaine provoquée par la récession économique, qui emporterait la majorité de la population active en très bonne santé ?

Depuis l’aube de l’humanité, ce sont toujours les parents (les aînés) qui se sacrifient pour leurs enfants. Or, avec le crépusculaire capitalisme sacrificiel, aujourd’hui, avec sa doctrine coutumière de « bouc émissairisation », il se livre à l’immolation de la jeunesse, cyniquement au nom de la santé publique. Sacrifier les jeunes à la santé des vieux est la dernière invention macabre du capitalisme sénile, cynique, vampirique, qui se nourrit de la sueur des travailleurs et, aujourd’hui, de leur mise à mort sociale programmée.

À lire et entendre les médias, le capitalisme, connu pour son légendaire pacifisme, dans un sursaut d’humanité dont il est coutumier, déplorerait toute son énergie sanitaire et « puissance médicale » pour protéger le monde du Covid-19. Faudrait-il leur rappeler que le virus capitaliste est plus létal que le Covid-19, comme il le prouve actuellement avec son démentiel programme d’extermination économique et sociale de l’humanité. Le capitalisme semble renouer avec ses vieux démons : appliquer à l’ensemble de l’humanité sa Solution finale sociale et économique. Nous vivons un génocide à ciel ouvert, sur une terre concentrationnaire fermée, d’où aucune échappatoire n’est possible, du fait du confinement totalitaire, de la militarisation de la société. Après la société du chacun pour soi inventée par le capitalisme, nous sommes désormais rentrés dans l’ère de chacun chez soi imposée par ce même système mortifère.

À ce propos : doit-on craindre mourir de l’hypothétique Covid-19 viral ou vivre sous l’hypnotique servitude du capital dangereusement létal ? Doit-on s’effrayer d’une maladie au taux de mortalité de 0,3% ou s’horrifier du virus capitaliste à la létalité économique et sociale totale, à la gouvernance totalitaire ?

Sous couvert de l’érection de la santé en valeur suprême, l’artificielle civilisation capitaliste sacrificielle défend en vérité la puissance de la suprême valeur, autrement dit la valorisation du capital, la vie du dieu capital, au prix de la mort du travail, de l’immolation de millions de salariés, de commerçants, d’artisans, de petits entrepreneurs, victimes expiatoires.

Le capital veut faire accroire qu’il sacrifie l’économie sur l’autel de la santé. Derrière l’ordre sanitaire règne en vrai la gouvernance sécuritaire. Derrière le diktat médical, soucieux prétendument de la protection de notre santé, se dissimule la dictature du capital, inquiet pour la santé de sa valorisation. Après avoir sacrifié notre système de santé, le capitalisme nous prive maintenant de soins. Et pour soigner ses carences sanitaires, il nous prive également de libertés par l’inoculation du virus du confinement pénitentiaire. Confinement pénitentiaire plus destructeur que le Covid-19 débonnaire.

La santé est une affaire trop importante pour être laissée à la médecine vénale et à la gouvernance létale du capital. Avec les médecins et les politiciens, nous avons droit aujourd’hui à l’ordre sanitaire qui confine au terrorisme médical et à l’État totalitaire qui affine son omnipotence sécuritaire.

Devrions-nous craindre un virus dont on guérit en moyenne dans 99 % des cas, ou une maladie incurable (cancer, Alzheimer…), qui nous condamne à la sénilité ou à la dépendance pendant des années ; ou plus gravement le virus du capitalisme décadent qui anéantit actuellement toute vie sociale, réduit à la misère des centaines de millions de personnes du fait des destructions économiques programmées par le Grand capital financier qui veut se refaire une nouvelle jeunesse sur notre mort cyniquement planifiée ?

That is the question !

« Mourir pour des idées, l'idée est excellente », chantait Brassens. Mais l’idée de mourir est encore plus géniale, car l’idée de mourir est plus traumatisante que la mort elle-même. Voilà le motif du terrorisme viral inoculé par voie médiatique dans le corps social par les gouvernants, avec leur propagation de l’idée de mourir.

Dès lors que les puissants font croire aux populations qu’elles sont en danger de mort, ils peuvent les gouverner par la terreur, les manipuler, faire de leur vie un enfer étant entendu qu’elles sont déjà socialement enterrées, confinées à une existence funèbre, tétanisées par l’idée de mourir, plus paralysante que la certitude de mourir. Nous sommes désormais gouvernés par l’idéologie de la mort, autrement dit les idées de la mort. Ainsi, après la mort des idéologies, nous voilà à l’ère des idéologies de la mort.

« Il faut de si fortes raisons pour vivre qu'il n'en faut pas pour mourir. », Antoine de Rivarol

Auteur
Khider Mesloub