Aller au contenu principal
Body

Centenaire

Qui ont fait la révolution d’octobre 1917 en Russie ?

À la mémoire des victimes ouvrières, paysannes et autogestionnaires de la dictature bolchevique.
 

Partout et toujours, la vérité est occultée par les vainqueurs, mais elle finit généralement par être découverte. Malheureusement, il est arrivé que le mensonge a été si gros, si machiavéliquement manipulé, que les esprits non totalement objectifs, non totalement maîtres de leur raison, encore prisonniers de préjugés individuels ou de groupe social n’acceptent pas cette vérité, enfin découverte.

Le cas le plus flagrant est celui de la révolution populaire dans la Russie de 1917.

À presque n’importe qui, de la personne la moins cultivée à celle médaillée de doctorat universitaire, que cette personne soit de « droite » ou de « gauche », demandez : Qui ont fait la révolution d’octobre en Russie ? La réponse sera : les bolchéviks, évidemment !

Eh bien, c’est totalement faux ! Les documents sont là pour le prouver, bien entendu non pas ceux des bolchéviks vainqueurs, et de leurs partisans dans le monde (ils sont, hélas !, encore la majorité), mais les documents des vaincus (qui sont, hélas !, encore minoritaires) (1).

Voici la vérité brièvement exposée, en renvoyant les personnes intéressées à découvrir la vérité historique sur internet, en cliquant, par exemple : révolution d’octobre et libertaires. Car ce sont eux et elles les vrais auteur-re-s de la révolution d’octobre 1917. Cet impressionnant mouvement social fut totalement une initiative spontanée de travailleurs des villes et des campagnes, auxquels des soldats (bien entendu d’origine majoritairement paysanne, mais aussi ouvrière) se sont unis.

Les bolchéviks, surpris par le mouvement, de l’aveu même de leurs dirigeants principaux, Lénine et Trotski, pratiquèrent une politique machiavélique. Ils parvinrent à infiltrer le mouvement, à le « travailler » par leur propagande et leurs manœuvres, semblables à celles de la bourgeoisie et appliquant les règles d’action de Machiavel, exposées dans « Le Prince ».

Notamment, une fois le mouvement révolutionnaire lancé, Lénine écrivit et ses partisans répandirent le fameux texte « Tout le pouvoir aux soviets ! ». Et les travailleurs y crurent, et même les libertaires, alors appelés anarchistes. Et ils travaillèrent de bonne foi avec les bolchéviks, jusqu’à leur faciliter la conquête du pouvoir, avec l’illusion, adroitement semée par les bolcheviks, que ce pouvoir serait réellement soviétique, autrement dit géré par les soviets (équivalents à conseils, comités) de travailleurs des villes et des campagnes.

Cependant, une fois les bolcheviks parvenus au pouvoir de l’État, ils commencèrent par interdire la liberté de la presse, jugée par Lénine « bourgeoise » (mais également celle des révolutionnaires). Puis, ils interdirent les partis non seulement capitalistes, mais également ceux qui défendaient les intérêts réels du peuple. Leur tort ? Dénoncer la dictature bolchevique, au détriment des soviets et des auteurs de la révolution. Puis vint le tour des amis les plus résolus et conséquents des révolutionnaires soviétiques : les anarchistes. Les bolchéviks créèrent la police politique. Elle fut une totale réplique de celle tsariste, avec les mêmes méthodes arbitraires et sanguinaires : arrestations illégales, emprisonnements illégaux, tortures et assassinats expéditifs ou dans les geôles. Tous ces méfaits et crimes furent justifiés par la « menace » de la « réaction interne » et des puissances étrangères impérialistes. Ces menaces existaient, mais ne justifiaient aucunement l’établissement de la dictature d’un unique parti, prenant le contrôle des soviets et leur imposant son diktat par l’installation de « commissaires politiques ».

Alors que des ouvriers parvenaient à maintenir la production dans certaines usines, les bolcheviks leur imposèrent des « directeurs », qui appliquèrent des méthodes arbitraires, contraires aux intérêts des travailleurs. Résultat : la production diminua (2). À la campagne, les mêmes bolcheviks dépouillèrent les paysans (non pas seulement les propriétaires, mais également le moindre paysan disposant uniquement d’un petit arpent de terre, à peine suffisant pour nourrir sa famille) pour fournir les récoltes à la ville, parce que les bolcheviks considéraient la population citadine plus importante que celle des campagne. Résultat : les paysans résistèrent à leur manière, en cachant leurs récoltes. Conséquence : arrestations, tortures, assassinats de la part de la police politique bolchevique. Là, encore, au nom du « sauvetage de la révolution ».

La dictature bolchevique, proclamée du « prolétariat », empira au point de provoquer la révolte, mais, soulignons-le, pacifique du soviet le plus important de Russie, celui dont les représentants furent, selon l’expression même de Lénine, « le fer de lance de la révolution d’octobre » : le soviet de Kronstadt. De l’autre coté, les soviets d’Ukraine se révoltèrent aussi, contre la même dictature bolchevique.

Résultats. À la tête de son bureau politique, Lénine ordonna, et Trotski, chef de l’Armée « rouge », mit à exécution : les partisans des soviets de Kronstadt furent massacrés par les bombes de l’aviation par les canons et les mitrailleuses de l’État du « prolétariat ». Milliers de morts ouvriers, paysans et soldats. L’imposture et le machiavélisme des bolcheviks furent tels qu’au moment même du massacre, en mars 1921, ils fêtèrent la « Commune de Paris de 1971 ».

Ensuite, les partisans des soviets d’Ukraine connurent le même sort. L’Armée « rouge », du même Trotski massacra les prolétaires, au nom de la « dictature du prolétariat ».

Et, juste après, ce que Lénine, Trotski et les bolcheviks reprochèrent aux massacrés, à savoir le rétablissement du capitalisme et de la bourgeoisie, fut rétabli par Lénine lui-même. La mesure  s’appela « N.E.P. » : Nouvelle Politique Économique. Et l’autre reproche fait aux massacrés, à savoir être dirigés par des officiers tsaristes, eh bien les bolcheviks engagèrent des officiers tsaristes dans l’Armée « rouge », pour parfaire leur dictature du « prolétariat ».

Cependant, toute cette trahison, toute cette criminelle imposture, tous ces massacres, toutes ces répressions contre la partie la plus consciente et la plus engagée dans le processus de révolution sociale, en Russie, tous ces méfaits n’auraient pu continuer à tromper les peuples, si la majorité des intellectuels en Russie et dans le monde n’avait pas cru à la version bolchevique de la révolution, s’ils avaient eu le courage et l’honnêteté de s’informer sur la réalité vraie.

Là réside un impressionnant mystère psychologique et social. À ma connaissance il n’a pas été encore suffisamment éclairé. Disons, en passant, que je fus l’une des victimes de cette infamie. Je n’ai comme maigre et ridicule excuse que l’age juvénile, mais je crus, comme un ordinaire intégriste islamique d’aujourd’hui, que Karl Marx était Dieu, Lénine son Prophète, et Trotski son premier lieutenant et compagnon. Par conséquent, je ne pris pas la peine de lire les ouvrages de ce qu’ils appelaient les « petits-bourgeois anarchistes contre-révolutionnaires, complices objectifs de la bourgeois et de l’impérialisme ».

Par la suite, l’examen objectif de la réalité sociale, en Algérie et dans les pays dits « socialistes », m’ont finalement ouvert les yeux. Ainsi fut découvert ce qui est relaté dans cette contribution. Les conséquences sont :

- la confirmation que la soit-disant « dictature du prolétariat » fut en réalité une dictature sur le  prolétariat et le peuple, exactement comme Joseph Proudhon et Michel Bakounine l’avaient prédit dans leur opposition à Karl Marx ;

- la confirmation de la nature bourgeoise machiavélique des bolchéviks, qui furent les premiers responsables de l’échec de la révolution sociale en Russie, tout en se proclamant les auteurs de celle-ci ;

- l’évaluation objective de l’histoire de la révolution russe de 1917 ;

- les leçons pratiques à tirer de ce formidable mouvement social, pour le présent, à savoir : 1) que le mouvement social populaire doit absolument veiller à ne pas se faire récupérer et dominer par un prétendu parti, mais rester contrôlé et dirigé par des représentants issus du peuple, et totalement responsables de l’exécution de leur mandat uniquement auprès du peuple ; 2) que la révolution sociale qui eut lieu en Espagne (1936-1939) a montré comment une révolution sociale populaire peut vaincre (3) ; 3) que l’instauration d’organismes autogérés, totalement libres, démocratiques et fédérés est, à moins de trouver mieux dans le futur, l’unique solution pour assurer la victoire d’un changement social éliminant l’exploitation économique et la domination politique, pour établir une gestion sociale par le peuple et pour le peuple.

Il ne serait pas étonnant que ces observations soient jugées utopiques. La mentalité autoritaire élitaire est, hélas !, encore dominante sur cette planète. Avec ses préjugés, ses mensonges, ses manipulations et sa domination. L’espèce humaine ne sortira de la préhistoire, caractérisée par cette mentalité primitive, que lorsqu’elle éliminera ce que cette mentalité cause comme dégât : l’exploitation économique, la domination politique et l’aliénation idéologique de l’être humain par son semblable, pour, enfin, établir une société autogérée, libre et solidaire.

K. N.

kad-n@email.com

Notes

(1) Voir notamment la contribution «  La révolution inconnue », http://www.lematindz.net/news/25399-la-revolution-inconnue.html, et l’ouvrage de Voline, La révolution inconnue, à télé-décharger librement ici : http://entremonde.net/IMG/pdf/RUPTURE02-Livre.pdf

(2) Le même processus eut lieu en Algérie, par l’élimination de l’autogestion ouvrière et paysanne, à travers les « décrets de mars sur l’autogestion ». Bureaucratisation des comités d’autogestion avec de semblables conséquences : répression de la résistance des travailleurs, et chute de la production. Puis arriva la réforme dite Gestion « Socialiste » des Entreprises, en réalité l’établissement d’un capitalisme d’État, semblable à celui bolchevique.

(3) Voir David Porter, « Vision on fire », ouvrage qui sera présenté dans une des prochaines contributions.

Auteur
Kadour Naïmi