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REGARD

Qui veut détruire les élites algériennes ?

Le ras-le-bol exprimé par le Hirak a signifié clairement qu’il ne voulait plus d’un pouvoir opaque et informel. 

Le Covid-19 a bon dos. La liberté de parole muselée, les embastillements à profusion, que reste-t-il comme espace pour débattre ? Les actes impulsifs et brutaux qui agitent le sérail montrent que la crise politique s’intensifie. Ces attitudes ne sont que des réactions, et le signe que les locataires du palais sont dans l'incapacité de trouver un mode opératoire pour assagir les ambitions.

A première lecture, deux camps s’affronteraient : un segment toujours présent, rentier et prébendier, et un autre lié à l’institution qui revendique la garantie de la souveraineté, en l’occurrence l'ANP. Est-ce à dire que le maintien du régime soit assuré pour autant ?

Le partage du pouvoir s’était réalisé sur un consensus qui, aujourd’hui, semble ne pas aboutir. On peut pousser l’analyse machiavélique : qui peut dire qu’il n’y aurait pas une mise au rencart soft du pouvoir apparent ? Le problème sera de deviner qui en serait l’instigateur ? Le ras-le-bol exprimé par le Hirak a signifié clairement qu’il ne voulait plus d’un pouvoir opaque et informel. La question « Qui tient l’Etat ? » prend dès lors un sens profond.

Objectivement, la situation est claire : une crise affecte les ressources du pays et les gouvernants n’ont pas trouvé la voie pour la surmonter, ni les moyens adéquats pour la gérer. Si l’Algérie veut trouver de l’oxygène financier, il lui faut traquer l’argent détourné. Les gouvernants savent où il se trouve, mais il ne sera jamais restitué.

Dans cette ambiance d’impasse, il est difficile de bâtir sur l’optimisme. Dès lors, on travestit la réalité pour maintenir un statu quo qui bloque un système sclérosé et obsolète. L’objectif est de changer le système. Mais une société ne peut être la proie d’une oligarchie restreinte. Le péril vient de ceux d’en haut et non des gens d’en bas, même si les gens d’en bas n’en peuvent plus. Il s’agit donc de trouver une alternative.

Si ce changement prend la forme d’une révolution de palais, ce sera encore l’idéologie qui fera la loi. Celle-ci étant surannée, il ne reste que les coups de force. A moins d’un nouveau projet, d’une autre vision, une autre génération, de nouveaux visages avec pour légitimité l’intégrité, la compétence et l’amour du pays.

La mondialisation cache mal les drames qui se jouent dans cette affaire. L’économie libérale globalisée a démontré qu’elle n’est qu’un retour à la "loi de la jungle" : là où la richesse n'est pas épuisée, on continue de battre le rappel de vieux démons qui ont pour nom "guerre civile", "nationalisme ou ethnisme", "morcellement et partition".

Dans ces affaires, il faut se poser la question « à qui profite le crime » ? L’Histoire enseigne que, lorsque le pouvoir est « mis aux enchères », sachant qu’il a toujours été un enjeu heureux ou fatal, ce sont les proches qui agissent à tous les coups, ceux qu’on appelle les forces occultes. Qui sont-elles ?

Chez nous, par exemple, le grand sud est un avenir pour le pays. Mais le pouvoir reste campé sur son maintien. Le désarroi auquel conduit l’autoritarisme est source d’immobilisme ; et il est difficile de penser à l'échelle locale, régionale ou nationale. Donc il n’y a aucun programme économique pour l’instant. Le système est face à ses Brutus.

Pour se maintenir, il est prêt à détruire ses élites, comme l’a fait la gestion coloniale lorsqu’elle corrompait les dirigeants sous-développés. Or la corruption est une trahison. Les élites seraient-elles là seulement pour obéir et appliquer les ordres du pouvoir ? Qui mènera la bataille de l’intelligence économique ? Qui enchantera l’avenir ?

Le peuple a besoin de respirer et de s’émanciper. Est-ce que détruire les élites fera avancer le pays ?

O.B

Auteur
Omar Benbekhti