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TRIBUNE

Racisme policier en France dites-vous ? Lettre à un commissaire

Les images insoutenables d’un homme de couleur roué de coups par des policiers enragés alors qu’il était à terre ne peuvent laisser indifférent. Puisque le débat sur la question fait rage rajoutons-y un peu de grain un moudre.

Au-delà de cet épisode fâcheux qu’il est inutile de commenter, les caméras de surveillance ne prêtant pas à la moindre ambigüité, l’enquête qui mérite d’être menée est celle susceptible de répondre à la question « combien de cas identiques sont classés sans suite, à défaut de caméras ? ». 

Il ne m’appartient pas d’avancer quelconque chiffre, mais le témoignage ci-après mérite d’être rapporté. Il s’agit d’une missive adressée à l’un des commissariats de Lille pour dénoncer un délit de faciès dont a été victime mon propre fils. Et si la lettre n’a jamais été envoyée c’est que le fiston y a opposé son véto ! Il avait ses raisons, même si ma Raison ne les comprenait pas !            

Monsieur le Commissaire,

Je m'adresse à vous en citoyen préoccupé par les carences ponctuelles qu’engendre cette situation inédite de confinement généralisé ; carences qui semblent impacter vos agents tout autant que de nombreux citoyens.

À cet égard, Il nous appartient tous - mais surtout vous dont la noble mission d'assurer la sécurité et un certain équilibre dans les interactions souvent difficiles entre citoyens et agents de l’ordre- de faire preuve de tact et de professionnalisme supérieurs. D’autant plus que cette situation de crise exige de tout un chacun une vigilance renforcée enrobée d’un comportement exemplaire irréprochable.

Or, certains de vos agents semblent faire fi de certaines règles élémentaires dans la façon de mener leurs missions.

Dans un quartier de Lille, en cet après-midi de mardi 11 mai, mon fils, âgé de 33 ans, a été l'objet d'un contrôle au faciès. Un contrôle certainement provoqué par « onque » dérapage de groupuscules néfastes répondant à la même signalétique physique que lui. Que vos brigades fassent un travail d'investigation en fonction des éléments et signalements dont ils disposent se comprend aisément. Mais là où le bât blesse, c'est dans cette façon quasi-systématique de mettre tout le monde dans le même sac, en interpellant des citoyens irrépréhensibles et usant de formulations peu avenantes, voire offensantes.

Je vous laisse l’appréciation de cette anecdote survenue à Lille, ce mardi 11 mai :

Pour respecter la distanciation de rigueur, mon fils s'adosse à un mur faisant face à un restaurant pour attendre sa commande avant de rentrer chez lui et consommer son repas loin de regards fanatiques qui risqueraient de provoquer d'imprédictibles véhémences.

Un véhicule de la BAC s'arrête à son niveau et, de prime abord, un agent lui pose quelques questions désagréables dénudées du moindre respect sémantique :

- He que fais TU là, TOI ? 

Est-ce une règle ou une exception ce tutoiement agaçant, lequel rappelle de sombres souvenirs de l'époque où tout humain qui n’a pas « la chance » de ressembler à une tète-blonde est forcément un être inferieur désigné sous le terme réducteur d'indigène ? 

Mon fils répond : - j'attends mon repas !

- Tu fais Ramadhan ? C'est à quelle heure la rupture du jeûne ? surenchérit votre agent.

Mais par quelle logique, sur quelle base peut-on se permettre ainsi de coller quelconque étiquette mystique à un homme, en posant ce genre de questions se référant exclusivement au faciès de maghrébin ?

Acculé par des certitudes fallacieuses d'un agent excité, et cerné par des citoyens plongés dans la folie mystique, mon fils n'avait d'autre choix que de laisser le doute planer, avec une formule de sortie d’équilibriste aguerri, du style "faire ramadhan ou pas est une affaire personnelle !"

Au premier coup d’œil, votre agent aurait d’ailleurs dû remarquer que mon fils avait un skate entre les mains ou à proximité. Or, il faut que vos policiers sachent que la communauté des skateurs est réputée pour son pacifisme et ses règles de comportement irréprochables, et ce à l'échelle mondiale.

Pour cette histoire de Ramadhan et de pratique religieuse, si vous êtes intéressé par le regard que j’y porte, au même titre que de nombreux compatriotes originaires d’Afrique du nord, je vous invite à lire cette contribution, parue dans les colonnes du journal « le Matin d'Algérie »; elle résume la ligne de pensée d’un universaliste rongé par une bêtise humaine qui ne s’estompe guère au fil des générations. Un universalisme dont mes enfants ont hérité de leurs deux parents :

https://www.lematindalgerie.com/deux-fifilles-en-mini-jupes-un-agent-ratp-applique-son-islam-sup

C'est en pédagogue averti et soucieux d'apaisement, d'harmonie et de délicatesse relationnelles entre représentants de l’ordre et citoyens, que je m'adresse à vous afin de rappeler à vos agents les quelques règles de courtoisie qu'il serait dommage de ne pas appliquer en permanence, même s'il n'est pas difficile parfois de comprendre quelque écart ponctuel, à mettre sur le dos d'un métier qui exige une maîtrise et un sang-froid hors du commun.

En cette période difficile qui frise la crise de nerfs collective, il est plus que nécessaire
que citoyens et policiers consolident leurs relations par des attitudes et comportements avenants et respectueux. C'est l'unique moyen de traverser cette crise sanitaire et renforcer le ciment d'une société saine et rassurée au quotidien ! À cet égard, il est tout aussi essentiel que vos agents fassent la différence entre citoyens paisibles -la majorité certainement- et les quelques égarés qui perturbent la quiétude des premiers. Vous conviendrez bien que ce n'est pas en apostrophant le citoyen lambda par des formules peu amènes que vos agents contribuent à l'apaisement tant souhaité ! 

En espérant que cette missive recevra une attention et un écho particuliers, veuillez agréer, Monsieur le commissaire, l’expression de mes respectueuses salutations. 

Lens, le 13 mai 2020,

Kacem Madani

Auteur
Kacem Madani