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REGARD

Reims, le goût de la finesse

"Le Moyen Âge, la France du Moyen Âge, ont exprimé dans l'architecture leur plus intime pensée. Les cathédrales de Paris, de Saint Denis, de Reims, en disent plus long que de longs récits. La pierre s'anime et se spiritualise sous l'ardente et sévère main de l'artiste." Jules Michelet

Comment aborder cette ville qui n’est ni le chef-lieu du département de la Marne ni la capitale du Champagne puisque les titres dont il s’agit lui ont été dérobés par Châlons-en-Champagne et par Épernay. Seulement, Reims est la ville la plus peuplée du département et elle possède les monuments les plus symptomatiques de la grandeur des temps passés. S’y promener, c’est non seulement savourer un retour vers ces endroits qui ont fait sa réputation mais aussi et surtout admirer les belles réalisations qui font de Reims un joyau implanté à quelques encablures de la capitale française.

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Commencer sa balade par la célèbre cathédrale n’est pas une condition indispensable mais Notre-Dame de Reims est l’édifice le plus emblématique de la ville. C’est ici qu’ont eu lieu, à partir du XIe siècle, la plupart des sacres des rois de France. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle est le point de mire de toutes les terrasses de la ville puisque la hauteur de l’ange du clocher approche des 90 mètres et les flèches des deux tours dépassent les 80 mètres. Jouxtant la cathédrale, se trouve le palais du Tau qui est devenu un musée mais qui était la résidence des archevêques de Reims et le lieu de séjour des rois au moment de leur sacre.

D’autres édifices religieux comme la basilique Saint-Rémi, église dédiée à l’évêque éponyme qui baptisa le roi Clovis 1er aux environs de l’an 500 ou comme la basilique Sainte-Clotilde qui est de style byzantin. Le touriste qui aborde Reims peut s’exonérer de ces visites mais il est certain que ce serait un grand dommage. Des lieux profanes modernes ou anciens sont également disséminés à travers toute la ville. Capitale des Rèmes qui ont été les principaux alliés de Jules César dans la guerre des Gaules, Durocortorum, c’était le nom de la ville, subsiste toujours à travers la porte de Mars qui est un immense arc de triomphe.

La déambulation continue à partir de cette porte pour se poursuivre sur les promenades végétalisées qui longent la gare et qui donnent à la ville la certitude que l’équipe qui est à la tête de la commune a déjà tourné la page du tout béton et du tout automobile. En fait, la balade se fait où vous portent vos jambes.

Pour ma part, j’ai déambulé boulevard Lundy où se côtoient les différentes maisons de champagne qui logent dans de somptueux hôtels particuliers puis je me suis dirigé avenue Jean Jaurès où j’ai dégusté un fabuleux Banh Mi, sandwich vietnamien préparé par Marie au Petit Encas. Ici il n’y a ni point de vue sur la fameuse cathédrale ni sur la place d’Arlon où tout est piéton mais y déguster un Bo Bun à 8 € à peine est une expérience à ne pas rater. Et cette expérience dit tout.

Cela dit surtout qu’avec peu de moyens, on peut toquer à la porte d’une boutique, commander un plat et de se laisser porter par des images de rizières situées du côté d’Hué ou de Da Nang. Et que l’on va te parler pendant un moment avec un accent que tu as déjà entendu du côté de Belleville ou de la place d’Italie à Paris. C’est aussi cela Reims et c’est heureux !

Promenades du côté du Manège pour rentrer sur la place Drouet-d’Erlon qui est une agora rectangulaire au milieu de laquelle trône la fontaine Subé surplombée d’une statue dorée. Des tables et des chaises sont disposées tout au long de cette énorme place sur laquelle les bobos s’approprient tout l’espace disponible. Il faut quitter cette belle place pour déboucher sur d’autres rues plus paisibles ou des avenues plus bruyantes.

C’est à l’Apostrophe que je me suis le plus laissé aller à admirer les gens qui passent. Cette place est un lieu pour s’égarer, c’est un haut lieu du naufrage des âmes, ce qui est loin d’être pour moi un endroit à mésestimer. Loin des regards vides des promeneurs de la capitale, ici on se perd dans l’essaim, dans la douceur du mouvement collectif, dans le regard du voisin ou dans l’altérité dynamique des gens qui déambulent.

La vigueur culturelle de cette ville n’est plus à prouver. Des musées à gogo, des concerts ici ou là, des pièces de théâtre très sympathiques jouées au centre dramatique La Comédie, des expositions temporaires à l’hôtel des Vergeurs sur la place du Forum ou au Cellier, juste à côté de l’Hôtel de Ville. 

Et quand la faim toque avec bienveillance à votre porte, quand la fatigue se fait sentir, il faut aller du côté des domaines de champagne avec leurs énormes parcs et leurs maisons de maîtres visibles de loin. Ici, entre ces institutions et le parc de champagne le bien-nommé se trouve un véritable écrin installé au milieu d’un immense domaine, c’est le Jardin des Crayères.

Nous nous y sommes attablés parmi des gens de toutes sortes, avec Céline, Daniel, Kim et Mathieu. Tout y était : conversations aimables, rires qui résonnent, accueil largement sympathique, menus à étouffer de plaisir, vin gouleyant… C’est un endroit qui remplace le paradis le temps d’un déjeuner ou d’un dîner. C’est le lieu de Céline, de Daniel, de Kim et de Mathieu qui aiment partager leurs coups de cœur et vous faire toucher ce qui est beau. Et ce sera votre lieu également si ça vous chante.

Ici, c’est vers une nature généreuse que le regard se tourne et vers des plats goûteux et des verres remplis de bon vin que les mains se tendent. Et cela dit tout ! Cela dit aussi que tu peux réserver à ton tour et débarquer avec tes amis, ton amoureuse, et que l’on va bien te recevoir et que tu vas y passer un somptueux et long moment bavard. Ce n’est pas théâtral mais c’est heureux, très heureux. Et c’est cela Reims, c’est magique ! La ville n’est pas uniquement un lieu du champagne et de bonne bouffe mais un retour aux rencontres heureuses.

Auteur
Kamel Bencheikh, écrivain