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DECRYPTAGE

Rendez le FLN aux Algériens  !

Depuis l’indépendance, les pouvoirs qui se sont succédé n’ont cessé de ternir, pervertir, détourner, récupérer, commettre des faux usages de faux au nom du Front de libération nationale (FLN). Ils ont en exploité le nom, le sigle, les organes d’information et usurpé l’histoire.

Victime d’un hold up, d’une séquestration, et d’un viol  Il a été utilisé à l’insu du peuple, à l’insu des militants qui l’ont créé et porté. Une poignée d’hommes s’en est accaparé afin de légitimer sa prise de pouvoir illicite et l’asseoir sur tout le pays.

Le FLN a été créé en octobre 1954. C’est la  riposte ultime à l’humiliation et la discrimination subies par tout un peuple écrasée par une puissance coloniale  aveugle sourde et muette pendant 130 ans.

Six mois auparavant en mars 1954 naissait le CRUA le comité révolutionnaire d’unité et d’action (CRUA). Ses membres fondateurs sont au nombre de quatre. Deux d’entre eux étaient des centralistes c’est-à-dire membres du comité central du PPA-MTLD  (Parti du Peuple Algérien devenu Mouvement pour le Triomphe des Libertés démocratiques) dont  Benyoucef Ben Khedda était secrétaire général. Les deux autres membres sont issus de l’organisation spéciale (OS : bras armé et clandestin du PPA-MTLD démantelé en 1950), Mostefa Ben Boulaid et Mohamed Boudiaf.

L’objectif du lancement de ce mouvement d’opinion dans la base est de préserver l’unité du PPA-MTLD qui connaît une crise sans précédents entre Messali, le fondateur du parti, et les membres du comité centrale. Le CRUA bien qu’empreint de bonne volonté se retrouve encore une fois au milieu des dissensions entre centralistes et messalistes. Les membres du CRUA issus de l’OS décident de rassembler les anciens « ossistes » ou les « lourds » comme les militants aimaient à les qualifier.

Vingt-deux personnes, quasiment toutes issus de l’OS, se réunissent au Clos Salembier dans la villa de leur compagnon et hôte Lyes Derriche sous l’appellation de « comité des 22 » et décident le déclenchement de l’insurrection armée. Ce groupe a été l’élément déclencheur de la révolution. Il compte en son sein d’illustres noms comme Boudiaf, Ben Mhidi, Didouche, Bitat, Belouizdad, Zighoud, Ben Boulaid pour ne citer que ceux-là.

Ces militants initiés et formés politiquement depuis leur jeune âge par le PPA- MTLD et militairement au sein de l’OS ont acquis par la richesse de leur parcours et la grandeur de leur engagement une conscience politique et des aptitudes qui leur permettent de tracer le chemin de l’indépendance.

Ils déclenchent la révolution sous la bannière du FLN, nouvellement créé, un certain 1er novembre 1954, sans grande préparation et avec le peu de moyens dont ils disposent. Dès 1955 ils commencent à être rejoints par des militants du PPA. Abane Ramdane en rassembleur émérite, assisté des autres membres du CCE, fédère toutes les forces nationales et courants autour du FLN. Il rallie l’UDMA (Union démocratique du Peuple Algérien) conduit par Ferhat Abbas, les Oulémas (Association de oulémas musulmans algériens) présidés par cheikh Bachir El Ibrahimi et négocie un accord  avec Bachir Hadj Ali et Sadek Hadjerès représentants du PCA (Parti Communiste Algérien). Le but est de constituer un front unique, fort, représentatif et uni afin d’accroître l’efficacité de la lutte contre la puissance coloniale.

Cette tranche de l’histoire algérienne est plus ou moins connue des gens qui ont vécu cette période. Les initiés et les spécialistes de l’histoire la maîtrisent. Les jeunes par contre n’en ont qu’une très vague idée. Elle a été rappelée dans ce texte afin de tirer deux enseignements.

Le premier est de comprendre que le FLN n’est pas né spontanément comme se l’imaginent beaucoup de nos compatriotes surtout les jeunes. Il est le fruit de plus de trente années de militantisme et de combat mené par le peuple algérien durant la colonisation. Ses membres fondateurs et militants durant la guerre de libération sont issus de plusieurs autres formations politiques et tendances. Ce ne sont pas des personnes, surgi spontanément, qui ont déclenché le premier novembre et qui ont lutté pendant la guerre. Ce sont des femmes et des hommes initiés familiarisés et entrainés à la chose politique pendant de longues années.   

Le second enseignement que nous pouvons tirer est de réaliser que le peuple algérien a pu dans une certaine mesure exercer le jeu démocratique, du moins dans son côte indigène même s’il est dans une situation de colonisé. Les uns étaient Messalistes, les autres Centralistes ou Udmistes ou encore activaient au sein de l’association des Oulémas. Le peuple algérien avait déjà avant 1954 capitalisé dans sa mémoire collective une dimension politique moderne et démocratique.

Il est entendu que tous les courants au sein du FLN luttaient pour l’indépendance de l’Algérie et l’instauration d’une démocratie comme stipulé dans la déclaration du 1er novembre et au congrès de la Soummam.

A l’indépendance ce ne fut pas le cas. Ben Bella puis, après lui, Boumedienne imposent le parti unique et s’emparent de tous les leviers du pouvoir. Ils privent les algériens de tout exercice politique. Ils inhibent ce patrimoine enfoui dans la mémoire politique algérienne. Ils monopolisent le terrain et étouffent toute idée de contestation ou de critique.  Ils vident le FLN de son âme. Ils interdisent aux fondateurs du FLN de créer leurs propres partis. Ils sont contraints à l’exil pour le faire. Ils sont chassés, mis en résidence surveillée, ou exécutés. Boudiaf, l’un des plus familiers d’entre eux pour les jeunes générations, est de retour au pays en 1992 après un exil forcé au Maroc.

Durant la période coloniale il est militant du PPA, chef de l’OS pour le constantinois, fondateur du CRUA, membre des 22 et fait partie des six historiques. A son retour au pays en 1992 il est le révolutionnaire algérien vivant amassant le plus de titres. Président du HCE (Haut Comité d’Etat) dès son arrivée,  il est lâchement assassiné, en direct, devant des millions de téléspectateurs quelques mois après. Comme s’il s’agissait de débarrasser l’Algérie de l’un de ses fils les plus dévoués et les plus chères, de terminer un travail d’épuration entamé déjà durant la révolution.

Chadli, de la même façon use sans retenue de cette redoutable machine politico administrative qu’est devenu le FLN. Ce qui provoque  les évènements de 1988. Date à laquelle le FLN est le principal responsable, désigné à l’unanimité, par le peuple algérien. On réclame sa mise à mort, sa dissolution. S’en suit une période de troubles qui permet au FLN bis de se faire oublier et de se requinquer.

A l’arrivée de Bouteflika il est remis à neuf et reprend encore du service. Le résultat ne se fait pas attendre, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Il est visible durant les dernières manifestations. Le FLN est insulté, décrié, sali et rejeté par les marcheurs. Encore une fois il est victime de la vindicte populaire.

Aucun chef d’Etat n’a résisté à cette tentation de contrôler ce parti mythique et historique créé par les grands bonhommes de la révolution. En se  l’appropriant c’est le mérite d’avoir conçu et dirigé la révolution qu’ils ont voulu s’attribuer, cherchant à se légitimer à n’importe quel prix.

Si les algériens ne peuvent que se satisfaire de la déclaration du secrétaire général de l’ONM (Organisation Nationale des Moudjahidines) selon laquelle la place du FLN est au musée, il est naturel de se demander pourquoi elle s’est voulue aussi tardive ? Pourquoi nos anciens moudjahidines n’ont pas protégé plus jalousement le FLN ? Pourquoi avoir attendu 57 ans ? Mieux vaut tard que jamais. Rendez le FLN. Il fait partie du patrimoine sacré des algériens et de leur mémoire collective. Rendez aux algériens leur histoire leur fierté leur FLN, le vrai, l’unique.

 

Auteur
Djalal Larabi