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L'oeil de Zina

Représenter les Algériens de Marseille : un droit réservé !

Marseille, cette ville énigmatique ! Depuis plusieurs semaines, une question me taraude : pourquoi si peu de représentants algériens dans la vie politique locale alors qu’ils sont estimés à plus de 300 000 ?

On peut chercher des explications structurelles (les organes de représentation étant moisies par l’appareil politique algérien), des explications sociologiques (les classes ouvrières et pauvres ont des préoccupations plus immédiates que les élections locales) mais cette semaine j’ai voulu me pencher sur l’historique de nos représentants.

Les plus connues à Marseille : Samia Ghali à gauche et Nora Preziosi à droite. Des femmes politiques d’origine algériennes qui font la fierté de leur communauté. Elles sont citées comme des exemples de réussite. Deux jolies femmes qui ont grandi dans des quartiers et qui n’ont pas la langue dans leurs poches.

Ce qui m’a le plus frappée quand je me suis penchée sur leurs parcours ?

Une étroite ressemblance !

Toutes les deux dans la même tranche d’âge, toutes les deux d’origine chaouie , toutes les deux avec un bagage de diplômes assez maigres.

Après un CAP comptabilité, Samia Ghali s’est formée à la force de sa volonté en militant. Elle a eu des mentors du parti socialiste français qui ont su travailler son ascension. Après une expérience de secrétaire puis d’employée de salon de coiffure, Nora Preziosi vit une expérience similaire avec des mentors de droite. C’est séduisant ce storytelling non ?

Mettre en avant une femme peu diplômée issue d’une minorité est une stratégie électorale qui a fait ses preuves au point d’être utilisée par les deux camps adverses.

Ironie. N’est-ce pas la preuve que notre système est ouvert à tous ?

Ce qui pose problème intellectuellement est que les représentantes n’ont pas été désignées par les représentés. Quand on vit en France et qu’on allume sa télé, il est difficile de trouver des intervenants de notre communauté qualitatifs et légitimes. Il y a quelques années, lorsque j’entendais le président du CFCM (conseil français du culte musulman) faire des fautes de français dans ses entretiens, je me sentais rackettée. On m’avait volée mon droit d’être représentée correctement.

Les Aalgériens de Marseille ressentent la même chose quand je les interroge lors des rassemblements dominicaux. « J’aimerais bien voir quelqu’un comme Taubira . Une Taubira arabe. Quelqu’un qui utilise la langue française comme un virtuose le violon : avec habileté, comme un trésor de guerre», me confiait un agent de la mairie. « Quelqu’un qui se battra correctement car connaissant les règles du jeu», renchérit un jeune manifestant.

Avoir des diplômes ne doit pas être une obligation pour se sentir investi(e) et concerné(e) par la vie de sa ville. Mais pourquoi créer l’inégalité ? Soit on ouvre le champ politique à tous en laissant chômeurs, retraités et femmes siéger à l’Assemblée, soit on garde une politique professionnelle, et dans ce cas, on ne pratique plus d'entrées différenciées.

S’il est regrettable que tout l’appareil politique français soit majoritairement masculin et surdiplômé, il est d’autant plus regrettable que les représentants de notre communauté fassent exception. Cela ne les met pas en mesure de répondre avec les mêmes armes. Il y a des Franco-Algériens sur les bancs de l’ENA et de Sciences Po. Des avocats brillants. Pourquoi fabriquer des success stories susceptibles de nous discréditer ?

Peut-être que comme ironisait Jean Cocteau dans ses écrits : «La France a toujours cru que l’égalité consistait à trancher ce qui dépasse ».

Auteur
Zina Mebkhout
 

Commentaires

Permalien

En vous lisant on se rend compte que le mal de cette communuate marseillaise d'origine algeriene vient de gens comme vous. D'abord vous faites l'eloge de ces deux femmes d'origine Amazigh Chaoui mais il y en as bien d'autes de reussites a Marseille ! A ma connaissance plus de la moitie de cette communaute est d'origine Kabyle mais voila le grand hic dans toute cette kermesse Amazigh ..v.ous voulez une "arabe" pour les representer. Incroyable dedain envers soi meme.

Bonjour, je trouve dommage d'avoir bloqué sur mot "arabe". Il s'agit d'une citation , la personne a dit "arabe" comme elle aurait pu dire maghrébin. Loin de moi de ne pas considerer les kabyles de Marseille dont je fais régulièrement les portraits.Nous sommes bien heureux qu'ils soient nombreux ici à Marseille et qu'ils animent la lutte. Kabyle, amazigh, chaoui....Nous sommes tous algériens et désireux d'un avenir meilleur pour notre pays. C'est en restant figés dans des luttes identitaires telles que vous les décrivez que nous n'avancerons pas. A force de voir le mal partout, vous ne discutez avec personne et c'est regrettable . Oeil de Zina

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