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REGARD

République et séparatisme

« Mais nous voulons marcher tout le temps, la nuit et le jour, en compagnie de l'homme, de tous les hommes. Il s'agit de ne pas étirer la caravane, car alors, chaque rang perçoit à peine celui qui le précède, et les hommes qui ne se reconnaissent plus, se rencontrent de moins en moins, se parlent de moins en moins. » "Les damnés de la terre", Frantz Fanon

Il faut revenir sur le discours d’Emmanuel Macron, président de la République française, sur ce qu’il a nommé lui-même le séparatisme. C’est même la première fois qu’un tel vocable est employé alors qu’il n’a pas cessé de louvoyer jusqu’à maintenant pour appliquer d’autres mots, à ce même sujet, mots qui exonéraient ceux qui avaient pour mission d’installer un apartheid violent et inacceptable au sein même du pays.

Il nous revient, en tant que militants universalistes, de lui préciser les dénominations et les expressions qu’il convient de mettre en avant pour donner aux appellations leur vrai sens. Il nous a été souvent reproché de déployer un vocabulaire qui, parait-il, ne correspondait pas aux situations. Les islamogauchistes, et autres ennemis de la laïcité, nous ont enterrés sous des tombereaux d’injures et de menaces.

Il faut saluer la façon dont Emmanuel Macron s’est exprimé pour la première fois sur le sujet. C’est un premier pas significatif pour donner aux ennemis de la République, aux séparatistes, aux islamistes qui n’ont pas arrêté de défier les valeurs communes, un signe et des frontières que tout contournement devient un acte d’insoumission et donc, passible des tribunaux.

La loi d’Etat d’urgence promulguée depuis les derniers attentats d’ampleur avait l’effet d’être une laque sur des cheveux gominés. Jamais, au grand jamais, le président de la République française n’a eu le moindre mot de solidarité envers ceux qui avaient subi la haine des islamistes. Pire, Charlie Hebdo a été abandonné à ses propres démons. Récemment, alors qu’il était en voyage dans les pays baltes et qu’il s’occupait de la crise biélorusse et du marasme libanais, il n’a pas eu le moindre mot de soutien à propos de la dernière attaque à la feuille de boucher près des anciens locaux du journal satirique sur deux journalistes de Premières lignes.

La batterie d’initiatives annoncées est bonne certes mais n’arrive-t-elle pas en retard eu égard au chantier colossal qui doit mis en place ? À un peu plus d’une année des prochaines échéances électorales, j’ai bien peur que ce discours n’arrive un peu tard et ne puisse pas donner aux tenants des lois communes une légitimité à mettre en action ce qui y est décrit.

Personnellement, avec l’approbation de mes amis, j’aurais des aménagements à apporter à des points précis comme isoler les islamistes condamnés dans les prisons pour que les autres internés ne soient pas pourris à leur tour ou, à l’instar d’autres pays y compris les pays musulmans, interdire totalement les mouvements attachés aux Frères musulmans et aux organisations à tendance salafistes. La déchéance de la nationalité française pour ceux qui ont trempé dans des actes de terrorisme devrait être la norme quel que soit le niveau des cris d’orfraie des droitdelhommistes. 

Hors ces amendements qu’il aurait fallu prendre en compte, je suis de ceux qui ne boudent pas toutefois leur plaisir de voir que le président de la République française ait listé plusieurs mesures pour lutter contre le séparatisme islamiste.

Que cette métamorphose soit attentiste, le résultat d'un murissement ou le fruit des acquis de trois années passées à la tête de l'Etat n’a pas grande importance. Dans sa présentation de la future loi sur les séparatismes, le président Macron a désigné sans noyer le poisson la menace islamiste, et annoncé plusieurs actes significatifs qui figureront dans le texte présenté à l'Assemblée dans les semaines à venir. Il a désigné les messages de rupture et le durcissement très fort de certains courants organisés et parlé de ghettoïsation du pays.

Il a été jusqu’à expliquer que le défi était la lutte contre "l'islamisme radical", lequel exprimerait "une volonté revendiquée, affichée, une organisation méthodique pour contrevenir aux lois de la République et créer un ordre parallèle". Il a ajouté que "Le problème, c'est cette idéologie, qui affirme que ses lois propres sont supérieures à celles de la République".

Malgré ces quelques mises au point : « la charte de la laïcité » que devront signer les associations pour tenter d’obtenir des subventions publiques va dans le sens du progrès attendu. Présentant la laïcité comme "le ciment de la France unie", il n’a pas hésité à désigner le "séparatisme islamiste, qui est un projet conscient, théorisé, politico-religieux", et non pas à "ceux qui veulent croire en l'islam et sont pleinement citoyens de notre République".

Oui, il s’agit d’un premier pas que je salue. Il convient maintenant que les paroles soient suivies d’actes. Et sur ce plan, nous serons un certain nombre à ne pas mettre ces engagements sous le tapis et à les rappeler encore et encore aux décideurs qui gèrent ce pays.

 

Auteur
Kamel Bencheikh, écrivain