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DECRYPTAGE

Revanche de la société algérienne: de la contestation citoyenne à l’autonomie des acteurs sociaux

On aurait pu considérer que la revanche de la société algérienne précède l’autonomie de l’action sociale, mais il n’en est rien si on analyse attentivement le mouvement populaire depuis 22 février à ce jour.

A tout considérer, si le Hirak est le résultat des diverses formes de lutte initiées par les forces sociales et politiques agissantes contre un système obsolète, il a quand même pour acquis une convergence de ces mêmes forces  qui se sont progressivement transformées en indissociable puissance comparable à la forme des cristaux.

Certes, avant le 22 février n’y apparaissaient sur la scène politico-médiatique que des personnages pour la plupart ayant les mains liées avec le Système c'est-à-dire consentant  au large éventail des pratiques de corruption et de népotisme. Et à juste raison, un certain nombre d’observateurs avaient constaté de fait que l’opposition algérienne n’existait pas.

En suivant cette logique, les partis dit de l’opposition ne sont que le revers du système tant est grande  la compromission des chefs de ces partis avec l’ordre institué par l’Armée-Etat.

Cet ordre qui répond aux exigences des militaires tient pour principe à l’escamotage des décisions du congrès de la Soummam. Il ne faut pas aller chercher trop loin pour faire admettre que les différents putschs de l’armée ne tiennent qu’à une seule  idée qui est celle de l’Etat-Armée. La mainmise de l’Etat sur les affaires publiques n’a fait qu’augmenter la dépendance des citoyens vis-à-vis d’une administration bureaucratique. De telle sorte que le citoyen s’est trouvé enfermé dans une logique du tout Etat.

Il se trouve que les prescriptions doctrinales ne faisaient que conforter tout du moins idéologiquement un régime de convenance approprié de l’autoritarisme. La portée idéologique d’un tel régime préfigurait l’amalgame du chef de tribu et du soldat dévoué à l’institution militaire. Il se peut que les bonnes intentions des nationalistes ringards se soient transformées en leurre politique tant en est la situation catastrophique du pays.

De ce régime, on est passé du capitalisme d’Etat à une oligarchie industrialo-financière. Pour dire les choses simplement, la société algérienne n’existe que sous la forme d’un récipiendaire des recettes politiques initiées par une élite mal- intentionnée.

Les intérêts personnels  généralement familiaux et claniques prennent le dessus sur le sens du commun. Le voilage idéologique tant est tenté qu’il soit une forte dose d’endoctrinement ne pouvait colmater la brèche d’une injustice sociale de plus en plus criarde. La forte demande sociale qui est dans la nature de l’évolution de la société n’a jamais pu être satisfaite puisque c’est tout le contraire qui s’est produit. L’excroissance de la demande sociale ne pouvait qu’augmenter la défiance vis-à -vis d’un régime tenu pour vrai que dans sa capacité de  s’octroyer la rente pétrolière.

Tout au plus, le phénomène de l’entropie économique n’a fait que s’empirer dans des proportions alarmantes qui a définitivement rendu la société algérienne incontrôlable.

Dans le système algérien ou l’enrichissement illégal est devenu un sport national, la rupture déjà entamée de longue date, s’est transformée en révolution de la citoyenneté. La révolution citoyenne qui se traduit par des manifestations quotidiennes est dans l’attente après un exercice presque quotidien du pacifisme, d’une nouvelle forme d’actions.

On constate ça et là, les prémisses d’une transformation radicale  des comportements sociaux. Les citoyens ne s’accordent plus seulement sur la dénonciation du régime mais ils transforment en acte leur mécontentement en contribution collective sur les choix inégaux du système algérien.

Le fait que les citoyens algériens s’accaparent des problèmes vitaux de la vie sociale est une grandeur dans l’action collective qui ne peut que déboucher sur une amélioration de la vie de tous les jours.

Les citoyens se sont emparés de la question de la distribution de l’eau non pas pour dire que l’eau manque mais pour dénoncer à des fins contributives que cette denrée vitale soit gérée par des groupements locaux de citoyens. Et  pourtant la gestion collective de l’eau en Algérie est multiséculaire dont les responsables du secteur doit s’en inspirer.

D’autres domaines de la vie sociale comme l’habitat, l’éducation, etc., vont progressivement être pris en charge collectivement par la population. Du coup, on assiste graduellement à l’émergence des acteurs sociaux autonomes aptes à prendre le relais d’une gouvernance moribonde, certainement incapable de satisfaire les besoins vitaux de la société.

C’est ça, la transition en attente d’un Etat civil. Puisque les partis existants n’ont aucune assise sociale, ils doivent se saborder pour survivre. Pour le moment, ils ne servent à rien si ce n’est  de défendre des acquis octroyés par le système qu’ils dénoncent par ailleurs. Pire, ils sont un des obstacles à la révolution citoyenne.

Auteur
Fatah Hamitouche
 

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