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DISSIDENCE CITOYENNE

"Réveillez-vous, Gaïd Salah a vendu le pays à Poutine" !, tonnent les manifestants

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre à Alger.

Le mouvement algérien de contestation, le "Hirak", s'est donné vendredi massivement rendez-vous à Alger pour entamer la conquête d'une "nouvelle indépendance", la manifestation hebdomadaire contre le régime coïncidant avec le 65e anniversaire du déclenchement de la guerre contre le colonisateur français.

"Réveillez-vous, Gaid Salah a vendu le pays à Poutine », criaient ce matin à Alger les manifestants. Cette journée de dissidence sera longue. Et augure de la détermination à en finir avec le gang qui s'accroche au pouvoir. 

Plusieurs heures avant le coup d'envoi traditionnel du cortège, plusieurs milliers de manifestants sont déjà rassemblés près de la Grande Poste, bâtiment du centre d'Alger et lieu traditionnel de rassemblement de la contestation, a constaté un journaliste de l'AFP.

"L'Algérie reprendra son indépendance", "le Peuple veut son indépendance", scandent notamment les manifestants, bien plus nombreux que d'habitude à la même heure et dont le nombre grossit rapidement.

La police, fortement déployée, bloque les manifestants en bas d'une avenue débouchant sur la Grande Poste. Quelques arrestations ont eu lieu dans la matinée selon des témoins.

Jeudi, dès la fin de l'après-midi et jusque dans la nuit, des petits groupes ont sillonné les rues du centre de la capitale, aux sons des casseroles et des "mehraz" (mortier et pilon traditionnels en cuivre) tambourinés, selon des images publiées sur les réseaux sociaux.

"#Hirak_du_1er_novembre", "#Envahissons_la_capitale": de plus en plus nombreux sur les réseaux sociaux, ces mots-dièses en arabe ont appelé les Algériens à converger massivement vendredi vers la capitale, où se déroulent chaque semaine les plus importantes manifestations depuis le 22 février.

Le 1er novembre 1954, le Front de libération nationale (FLN) tout juste créé déclenchait la "Révolution algérienne" et la lutte armée pour l'indépendance, avec une série d'attentats simultanés sur le territoire algérien. Décrété "Fête de la Révolution", le 1er novembre est férié en Algérie.

"L'Histoire se répète"

"Les aînés ont combattu la France, nous on combat le système mafieux qui a confisqué notre indépendance", explique à l'AFP M'hand, retraité de 63 ans, parti à 05h 00 du matin de Boumerdès, à une quarantaine de km à l'est d'Alger, pour rejoindre la capitale.

Certains manifestants de province ont passé la nuit sur les trottoirs. Hocine, la vingtaine, et ses quatre amis venus de Lakhdaria, à une soixantaine de km, ont passé la nuit dans leur voiture.

"On a mis la France dehors en 1962, mais on n'a pas profité de la liberté avec ce régime qui n'a pas changé depuis. On veut une Algérie nouvelle", dit le jeune homme.

Comme la veille, d'importants embouteillages sont signalés vendredi aux entrées de la capitale, attribués notamment aux "nombreux" barrages de gendarmerie qui ralentissent la circulation. Le métro d'Alger est fermé et aucun train ne circule vendredi vers la capitale.

Depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux, de nombreux "tracts numériques" appellent à manifester massivement en dressant un parallèle entre 1er novembre 1954 et 1er novembre 2019.

"Vous êtes tous concernés. Appel au peuple algérien pour qu'il se prépare à (...) prendre d'assaut la capitale par millions et en provenance de toutes les wilayas (préfectures) le vendredi 1er novembre, jusqu'à faire tomber tous les bandits" au pouvoir, proclame l'un d'eux.

"L'Histoire se répète. 1er novembre 1954-2019. Les 48 wilayas dans la capitale" pour une nouvelle "Guerre de libération", peut-on lire sur un autre.

"Elément du Hirak"

Depuis qu'il a obtenu, début avril, la démission du président Abdelaziz Bouteflika, le "Hirak" ne faiblit pas et réclame désormais le démantèlement du "système" au pouvoir depuis 1962.

Et il s'oppose massivement à l'élection présidentielle que le pouvoir organise le 12 décembre pour élire un successeur à M. Bouteflika, estimant qu'elle ne vise qu'à régénérer ce "système".

Le pouvoir, qui rejette toutes ces revendications, cherche de son côté à minimiser l'ampleur du mouvement.

Mercredi, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d'état-major de l'armée et homme fort du pays depuis la démission de M. Bouteflika, a assuré que le scrutin recueillait l'"adhésion totale" des citoyens.

Des propos contredits par les "Dégage Gaïd Salah ! Il n'y aura pas de vote cette année !" qui résonnent vendredi dans la rue et qui répondent aussi au discours télévisé jeudi soir du président par intérim Abdelkader Bensalah exhortant les Algériens à voter massivement le 12 décembre.

Outre la forte mobilisation vendredi, les Algériens ont répondu nombreux à un défi sur Internet, intitulé "#je_suis_un_élément_du_Hirak" (en arabe). Ils se sont filmés, seuls ou en groupe, proclamant: "Je suis un Algérien et je suis un élément du Hirak".

Une réponse ironique aux récents propos de M. Bensalah qui a affirmé au président russe Vladimir Poutine que l'ampleur du mouvement était "exagérée" et se limitait à "quelques éléments (qui) sortent dans la rue chaque semaine".

Auteur
Avec AFP
 

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