Aller au contenu principal
Body

REGARD

Révolution du sourire ou du cactus ?

La solution de l'énigme, écrit le philosophe autrichien Ludwig Wittgenstein, c'est qu'il n'y a plus d'énigme.

Depuis plusieurs semaines, les Algériens, toutes tranches d'âge confondues, défient le pouvoir de façon très pacifique, au point que certaines télévisions étrangères font des scoops et des arrêts sur image sur cet incroyable sursaut citoyen dans un pays qu'elles ont cru frappé pour de bon d'immobilisme, voire de sénilité par contagion négative de ses gérontocrates.

Banderoles géantes, slogans hostiles, peintures murales frondeuses dans les villes, railleries collectives sous forme de pièces de théâtre où l'on met en scène certains officiels corrompus, menottés à l'intérieur de cages de fortune, blagues croustillantes sur les frasques et les lapsus impardonnables de ces derniers, caricatures sur fond d'humour noir, clips satiriques sur le Net, tous les moyens sont mis à contribution par la jeunesse pour exprimer une colère citoyenne contenue, avec patience, depuis des décennies.

L'Algérie n'est pas « vraiment » en colère, expliquent d'aucuns avec enthousiasme, mais elle célèbre plutôt la fête politique de son union, où l'ambiance bon enfant a marqué de tout son panache les esprits.

Ce qui déroge aux codes des révolutions classiques dont la couleur rouge vif est l'unique paramètre de définition. Il n'est pas rare, d'ailleurs, que l'on voie des repas organisés sur place par des manifestants volontaires, des bouteilles d'eau qui sont offertes aux marcheurs, des carrés d'hommes qui se forment pour protéger les vieux et les femmes d'agression, une campagne de nettoyage des lieux à la fin de chaque acte de protesta.

A une question sur le secret du titre « Les figuiers de Barbarie », choisi pour l'un de ses ouvrages, le romancier Rachid Boudjedra aurait répondu avec spontanéité que cela reflétait exactement l'exception de l'esprit algérien, avec toute sa bonté, sa générosité, sa splendeur, surtout dans les moments de doute et de troubles, mais aussi ses épines. Oui, ses épines ! 
 

En ce sens, le figuier de Barbarie est beau quand il fleurit, mais il pique dès que l'on essaie de le toucher ou de l'approcher. C'est là peut-être que se trouve toute la métaphore des marches de dignité de ces derniers mois contre le système. Calmes, déterminées, plutôt drôles parfois et baignées dans un bain de jouvence, elles sont aussi piquantes, dérangeantes, transgressives, pour ceux auxquels elles adressent leurs messages, en premier lieu les hauts responsables du pays.

On dirait des rayons d'un soleil blanc, lequel, à force d'être éclatant de lumière et de couleurs, finit par envelopper sinon aveugler les yeux de ceux qui n'y voient d'habitude que du noir, les fatalistes et les fossoyeurs dévergondés de l'Algérie dans notre cas précis.

Auteur
Kamal Guerroua
 

Ajouter un commentaire