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PUBLICATION

"Rue de la nuit" d'Arezki Metref : apnée en Galérie

Un gramme de mercure rouge sorti clandestinement des mines de Azzaba, dans l'est algérien rapporte un million d'euros.

Le trafic y est institutionnalisé malgré la surveillance supposée pointue des services. Ce n'est pas le coût du mercure qui nous intéresse, c'est sa densité. Elle est impressionnante. Il en est justement ainsi du dernier roman de notre confrère Arezki Metref. Un fétu de 102 pages seulement mais qui, comme le mercure, porte une charge d'histoire, d'histoires très pesantes.

Naviguant entre les corps et les âmes d'une dizaine de personnages aussi fantasques voire fantasmagoriques les uns que les autres, l'auteur pose un diagnostic implacable, irréfutable sur le passé et le présent du pays qu'il nomme "la Galérie".

Vous l'aurais aisément deviné, il s'agit là de l'anagramme de notre pauvre Algérie.

Les personnages,Marino, Zayyem, Zoudj, Zongopoteau électrique, Zazou et surtout Mucho, le protagoniste principal, sous des dehors folkloriques, parfois carrément comiques, révèlent au fil des pages une profondeur inouïe. Stupéfiante de vérité.

Que dire d'Arezki qui tort le cou à toute la toponymie algérienne des chemins oubliés qu'il nous somme de redécouvrir, en douceur. Mine de rien. Avec un humour gris toujours prêt à réveiller nos blessures d'exilés.

Dans "Rue de la nuit", Arezki Metref nous enferme entre deux cités, celle "des peupliers" et celle "des pins" , une jungle péri-urbaine qui rappelle en tous points les misérables quartiers que nous avons écumés à Alger.

Lire "Rue de la nuit", c'est se payer un voyage en "nostalgie", ce pays qui nous ronge au quotidien.

Ce livre mince, côté foliotage mais très lourd de sens, est par ailleurs à mettre entre les mains de tous les étudiants en lettres ou en linguistique.

Arezki Metref y livre, en effet, un combat titanesque contre les conventions académiques. Il en sort gagnant.

A lire absolument et en urgence.

 

Auteur
Meziane Ourad
 

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