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PUBLICATION

"Rue de la nuit", d’Arezki Metref : une allégorie du système algérien

« Rue de la nuit », le dernier roman d’Arezki Metref vient de sortir aux éditions Koukou. L’auteur nous a déjà habitués à ses chefs d’œuvre où l’art d’écrire se répand dans tous les genres avec bonheur. Dramaturge, poète, romancier, nouvelliste, chroniqueur ou scénariste, il ne cesse de nous surprendre par la variété et la qualité de ses productions.

En quête de ces vérités qui donnent en substance, tout son sens au statut d’intellectuel honnête et engagé, il poursuit ses pérégrinations fureteuses dans les méandres complexes de ces entités fuyantes et capricieuses que sont la société et l’homme. De l’universel au local, son champ d’exploration est infini, mais il garde toutefois sa plume sur le tracé du fil d’Ariane qui le relie avant tout à son terroir.

L’Algérie présente des caractéristiques énigmatiques inexhaustibles et l’Algérien lui emboîte son caractère fougueux dans une nébuleuse de paradoxes en apparence inextricables. Malgré tout, notre écrivain n’hésite pas à explorer les fonds de ce combinat obscur et rébarbatif pour nous en offrir quelques clés en langage sibyllin à la manière des oracles. Rien ne présage d’emblée du succès de ses immersions dans les rouages d’une société déglinguée qui fonctionne sur le mode de la déraison et des lois improbables, sinon une plume perspicace rompue aux épreuves de l’investigation dans la profondeur humaine.

"Rue de la nuit" se présente comme une composition théâtrale où les personnages évoluent en vase-clos dans des  rôles essentialisés, sans artifices et décors superflus, partageant une tragédie sans issue sous le joug d’un système arbitraire et de leurs propres pulsions.

Dans ce roman, Arezki Metref nous sert dans une petite cuillère un concentré de cette soupe primitive aux goûts amers que constituent l’environnement social et politique du pays. Tous les ingrédients y sont pour relever le potentiel cloaque et vaseux d’un bouillon de culture carcérale. 

Revenu d’un exil forcé par une tentative d’assassinat terroriste, le narrateur nous parle avec circonspection de son quartier, le peuplier. Une Algérie en miniature où les habitants languissent dans un espace confiné, sous une atmosphère étouffante emplie de violence, de rumeurs intempestives, de mythes et de mystères, sous l’oeil vigilant de la Maison du drapeau, dépositaire du prestige de l’indépendance et du RING (Révolution et Identité Nationale Garantie). Un des personnages compare ce lieu d’enfermement à une salle d’attente. "Ce fichu peuplier a toujours été une salle d’attente. Quand on était gamins, on y attendait que la vie commence, ce qui n’est pas arrivé. Et maintenant on attend que la mort vienne et elle, elle viendra à coup sûr». 

Dépeint comme un tableau en noir et blanc dont les couleurs sont absorbées par une longue nuit d’oppression et les lumières perfidement éteintes par la volonté  de la maison du Drapeau en actionnant le geste inconsidéré des gamins déjà fâchés avec leur avenir, le peuplier, ce ghetto enténébré est traversé par une seule voie de communication : la rue de la nuit, animée par des ombres furtives.

 Pour compenser la mal-vie et l’omnipotence écrasante de la Maison du Drapeau, on cultive l’espoir d’un changement et d’une vie possible dans cet univers fermé, en levant  des légendes. On s’invente de faux héros et de faux opposants que la rumeur se charge d’auréoler d’exploits et de tempéraments contestataires pour le moins douteux. C’est le cas de Mucho, un personnage mi-mythique mi-réel, qui focalise tous les regards et l’intérêt de la communauté du peuplier.

Le mystère qui l’entoure, lui et sa bande, lui confère un statut de justicier à la manière d’un bandit d’honneur aux vertus qui tranchent avec l’autorité froide et machiavélique de Zayyem, le responsable local de la Maison du Drapeau, dépositaire du RING (Révolution et Identité Nationale Garantie). Entre les deux, se tisse la toile d’araignée d’un système à double face qui ferme le jeu politique entre un pouvoir et une opposition condamnée à le servir.

Auteur
Mokrane Gacem
 

Commentaires

Permalien

Création allégorique de haute voltige enfantée au temps du hirak doublée d'une belle plume!

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