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Novembre ou ce qui nous reste

Saddek Hadjerès, l’autre façon de raconter le 1er Novembre

Il y avait motif, cette semaine, pour une nouvelle polémique creuse. En adressant à la presse algérienne une lettre dont l’affectation même de cordialité trahissait un paternalisme tyrannique, le chef de l’État nous conviait à une nouvelle controverse sans intérêt, une de celles qui ont remplacé la réflexion et qui, dans notre monde sans génie et sans mémoire, font office de débat. Du reste, il faut rendre à notre époque cette justice qu’elle supporte mieux les mauvaises polémiques que les profondes pensées.

L’attitude d’un libre penseur, qui, sans préoccupation polémique, se propose d’échanger sur les attentes du siècle et les épreuves qui s’annoncent, est sans doute ce qu’il y a de plus étranger à notre goût algérien. Nous n’avons que peu de penchant pour les opinions étalées à l’abri des altercations partisanes. Ce sont pourtant ces esprits sereins et passionnés par la seule recherche du vrai ou, tout au moins, de ce qui s’en rapproche, qui nous indiqueront, le moment venu, sur les murs où nous tâtonnons, des fenêtres qui pourraient s’ouvrir.

Sadek Hadjerès est l’un d’eux, un de ces cerveaux bien algériens qui explorent pour nous, au stéthoscope, le passé, le présent et l’avenir, le passé pour savoir d’où l’on vient, le présent pour comprendre ce qui nous arrive, l’avenir pour tenter de deviner où l’on va. Au stéthoscope puisque, pour notre bonheur, en plus d’être un militant de la première heure et un pratiquant chevronné de la politique l’Homme, est chercheur médical et applique à ses investigations l’ardente insatisfaction du scientifique.

Hadjerès est un survivant de l’obscur. Il a marché de nuit et connaît donc mieux que quiconque la valeur de la lumière. Son chemin fut celui des proscrits : toujours obligé de partir pour ne pas se pervertir. Partir du Parti du peuple algérien (PPA) dès l’âge de seize ans, pour cause crise berbériste ; partir du Parti de l’avant-garde socialiste (PAGS) dont il était le premier secrétaire…

Aussi, plutôt que d’épiloguer sans panache sur la lettre du président à la presse, nouvelle fourberie de dirigeants assez cyniques pour se réclamer de valeurs qu’ils sont les premiers à combattre ou à mépriser, profitons de ce que cet intellectuel de l’ombre soit, pour une fois, et fort humblement, sous l’éclairage de l’actualité, pour en voler quelques précieuses pépites.

Sadek Hadjerès nous propose un livre-bilan, "Quand une nation s’éveille", un ouvrage historique et géopolitique que son éditeur, Boussad Ouadi, n’hésite pas à qualifier d’"événement de la rentrée littéraire à l’occasion du Salon du livre d’Alger de 2014". Si je m’autorise à parler d’un livre que je n’ai pas encore lu, c’est parce que je fais confiance à Boussad, paroissien du livre sans Église, une espèce d’abbé qui se fout des clergés et qui s’entête à vouloir offrir des lecteurs à ceux qui ont quelque chose à leur dire et des livres à ceux qui ont besoin de les lire. Et cela tombe plutôt bien.

En ce 60e anniversaire de l’insurrection nationale du Premier novembre, il nous offre de lire l’ouvrage d’un homme dont l’exigence de vérité (au sens de la connaissance) est autrement plus sérieuse que celle qui s’exhibe aujourd’hui, avec une sorte d’impudence, dans certaines œuvres et dans bien des journaux. Hadjerès a de récurrentes obsessions : expliquer nos impasses, soixante ans après l’insurrection, par la dénaturation du Mouvement national, rattacher ce dernier à l’Histoire universelle, nettoyer l’histoire du Mouvement national de ses mensonges de ces omissions…

Ce livre ne sera pas du goût des fabulateurs, prébendiers de l’histoire et autres nouveaux muftis de la vérité historique, ceux que Hadjerès qualifie de "famille dynastique révolutionnaire agrippée à une généalogie trafiquée » et qui agissent « comme si le 1er novembre 54 avait jailli du néant." Tant pis : il trouvera un public parmi ceux qui, chez nous, sont de plus en plus nombreux à refuser les mystifications du siècle. Nous vivons l’époque des « remises en question » Á tous les esprits qui désirent savoir d’où ils viennent pour situer où ils vont, de transfigurer l’expérience de la Nation au lieu de s’y complaire.

Dans la postface qu’elle a rédigée pour ce livre, l’historienne Malika Rahal observe ceci : "L’ouvrage de Sadek Hadjerès est à la croisée de deux temporalités : celle d’une pensée en mouvement, texte vivant d’une analyse encore en cours et une temporalité plus fixe de la trace écrite. Ces ‘’mémoires’’ sont fixées pour être lues et utilisées comme référence pour l’écriture de l’histoire. Les débats autour du texte vivant porteront sur des sujets d’une importance capitale dans le présent de l’Algérie".

Rien de plus clair : on pourra peut-être incarcérer ces nouveaux esprits ; les bâillonner aussi. Mais on ne les dupera plus. La confiscation de l’Histoire qui s’appuyait sur le mensonge, ne s’appuie, soixante ans après l’insurrection, désormais sur rien. Des tréfonds de la terre trahie, sort cette imploration aux cieux : pourquoi ta guerre, père, n’a pas apporté ma délivrance ?

Le 24 octobre 2014

 

 

Auteur
Mohamed Benchicou
 

Commentaires

Permalien

Depuis que je swi reviendé du Hadj et que je change de qendour tolijor, j’ai comme l’imprisyou que notre journal s’est acheté un nouvel habit. Je ne suis ni pour ni contre , bien au contraire, car pour l’insta rien n’a changé ou presque. Sauf si c’est le calme qui annonce un ouragan
Pour le non-apparissage des pseudo mwa personelma çamarange vu que j’assume pas et que c’est pas plus pire qu’un faux pseudo anonyme. Ipi même avec mon vrai nom et maintna que je suis revenu roqyé du Hadj kiski çachange que je m’appelasse Hend Ukalitus nagh Hend Tzgwarth naghHend Ukhuz... ga3!.
Si il y a kamim un chanjma, mais ça vous zavi katrouvi voumim, je ne suis pas un délateur, enfin je ne le suis plus.

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