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HOMMAGE

Samir Stayfi : de Sétif à l'universel

Plus que jamais, aujourd’hui, les Sétifiens ont besoin d’icônes, et de héros à qui se référer. Samir Stayfi en était un, et Sétif se doit de lui rendre hommage.

Décédé le 8 octobre 2014, il est et restera une figure de la chanson sétifienne authentique.

Oublier ce chantre de la chanson, oublier sa voix puissante et émouvante, serait effacer ces quarante années, au cours desquelles il s’est consacré à entretenir et à valoriser un riche patrimoine. Ce patrimoine, qui plonge ses racines dans une tradition orale et authentique … c’est notre patrimoine à tous. Le sraoui, perpétué par des générations entières, et le Amri, mis au goût du jour pendant « l’âge d’or » de la chanson sétifienne.

Évoquer Samir Stayfi nous renvoie à tant de souvenirs ! Parce que son ombre réveille en nous tellement de nostalgie, sur les airs du Stayfi : « El Azba staïfia » son premier album ; « Khatem Sobiï »; « Entouma ya Lamriet »; « Narek ya Bounarine »; « Haret Zemours »; « Madi Yeddek lel hena »; « « Moul Echach » … Oui, tellement de nostalgie, autour de ces morceaux qui ont fait danser et font toujours danser aujourd’hui, les jeunes et les moins jeunes.

Mais c’est avec « Win Houma Ness Stif winek ya Aïn Fouara » que Samir avait secoué sans hésitation les milieux artistiques et culturels, en traçant ses propres lignes de mutation. Effectivement, Samir évoquait les gens qui souffraient (et souffrent) d'un manque de considération, « Les Oubliés » comme la troupe Essaâda, Ennasr, Mhentel, Mezhoud, Nouredine stayfi, Gouffi, Loukia, Tchier, Zoubir, Mourad, Bekakchi (et j’en oublie d’autres)…

Samir Stayfi a essayé d’en faire une lecture objective « sans amertume car l’amertume est un terrain vaseux». Il ne donnait pas de leçons, et n’était pas dans la provocation. Non, Samir Stayfi se situait plutôt dans la compassion. Comprendre les autres et les aider.

Convenons-en, le type d’émotion que nous ressentons aujourd’hui est éphémère, parce qu’elle n’échappera pas au temps qui passe.

Pour traverser le désert, Samir savait rester toujours en mouvement, debout pour aller jusqu’à la prochaine oasis : « Ça aiguise ma combativité et ma rage que je traduis en chansons », nous avait-il confié lors de notre rencontre.

Certains reprochaient à Samir d’avoir réussi sa carrière là où d’autres avaient échoué. Cela tenait sans doute à sa ténacité et à son énorme force de travail. Malgré les critiques qui ne l’épargnaient pas, Samir savait imposer son répertoire Stayfi, auquel il croyait vraiment. Son succès tenait à la qualité de ce répertoire. Son succès, il ne le devait à personne. Il avait simplement su gérer sa carrière d’une façon stricte et respectueuse de ses pairs.

Samir Stayfi nous a quittés, mais les chansons qu’il a créées resterons à jamais gravées dans notre mémoire collective.

Ses chansons, sa vie de famille, ses anecdotes faisaient de cet artiste un marqueur de l’identité sétifienne, parce qu’il nous renvoyait parfois à nos propres faiblesses, à nos particularités, à nos introversions.

C’est bien parce que lui-même a su les dire, les assumer, les dépasser, que sa mort nous a laissés sans voix, et sans perspective de voie.

Oui, c’est à force de travail, de technicité, d’opiniâtreté que Samir avait su imposer, tant auprès du public que des médias, son style et la dimension universelle de la chanson sétifienne.

Pour lui, le salut de l’Algérie passait par une ouverture culturelle sur le monde. Il a été le digne représentant de la chanson dite Stayfi, aussi bien dans son pays qu’au-delà des frontières et à l’étranger où il a souvent été invité à se produire.

« Je ne peux rester impassible et j'en parlerai tant qu'il restera de l’énergie dans ma voix : la chanson sétifienne, je l’ai toujours défendue et je continuerai à la défendre, jusqu’à ma mort ! » clamait-il dans notre micro.

Samir Stayfi, homme lucide, visionnaire dont on reprend aujourd’hui les chansons, en oubliant trop souvent de citer le nom de leur auteur-compositeur et interprète.

«Le jour où ma voix s’éteindra», disait-il non sans humour, «vous prenez Samir, et vous l’accrochez…!"

Oui, Monsieur Samir Stayfi, nous vous « accrochons », solennellement, dans le panthéon de la culture et de la chanson de Sétif.

Merci l’artiste, et encore bravo pour ton œuvre.

Du fond du cœur, merci.

Auteur
Toufik Hedna
 

Commentaires

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Comment parler de patrimoine avec ces ces paroles nulles qui se répètent sans cesse et que le plus mauvais poète n’accepterait pas d’écrire. Et cette musique à deux temps, lancinante a faire pleurer les loups.
Je suis sétifien et je n’ai jamais compris comment une telle horreur peut être considérée comme une composante de la culture.
Pauvre El Anka...

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Pauvre pays et pauvre ville de Sétif qui ne mettent au firmament que des gens qui n’ont aucun talent et aucune capacité à élever le débat sinon à ânonner des paroles vulgaires et insipides.
Vous remarquerez que l’auteur de ce chiffon considère un tel chanteur comme une icône et un héros alors que ses paroles sans aucune poésie sont le nec le plus ultra de la misogynie.
Et pourtant comme icônes et comme héros, cette ville en a un paquet à commencer par le président Ferhat Abbas où les écrivains Kateb Yacine et Kamel Bencheikh qui ont marqué cette ville de leurs empreintes.
On a décidément les héros que l’on mérite...

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