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REGARD

Se réinventer après le confinement

Le confinement a provoqué une rupture dans la perception individuelle de la vie sociale. Il a révélé les obscénités de ceux qui ont une calculatrice à la place du cœur. Des milliers de personnes sont mortes à cause de masques inexistants et de tergiversations sur le confinement.

Le «vivre ensemble » s’est révélé sous la forme d’un repli sur soi. Les indociles et les récalcitrants sont devenus des déviants, des hors-la-loi. L’égo, ce moi misérable, a resurgi dans sa splendeur.

Nombreux se nourrissent de leur égo… désagréable sensation qu’ils se cannibalisent ! Frustrés ou envieux, ils ne parlent que d’eux, leurs élucubrations font office de pensées alors qu’ils ne sont que pitoyables objets de risée ! L’arrogance, la jactance, la suffisance sont liés à l’égo, alors que le monde se fiche de nos puériles rodomontades. Cela interpelle le plaisir, le désir de reconnaissance et de jouissance ; mais aussi l’amour-propre, l’orgueil, la suffisance, et surtout l’ingratitude. Tout dépend de la façon dont on s’estime.

Ramener tout à soi est compréhensible. Qui penserait aux autres avant de penser à soi ? Mettre l’accent sur soi, alors que la vie et le monde sont complexes, revient à faire de soi le centre de l’univers. La question est de savoir jusqu’où peut-on s’accommoder de son égo et en faire l’étalon de ses actions ? Où commence l’être social et où s’arrête l’individu ? Par exemple, si la générosité est un facteur d’épanouissement social et individuel, elle reste un acte rare qui honore celle ou celui qui la pratique, souvent sans reconnaissance ; et même avec des tonnes d’ingratitude.

L’égocentrisme se nourrit aussi d’ambitions, de désirs et de quête de jouissance. On le voit à travers l’exercice du pouvoir qui demeure le kérosène de l’égocentrisme. Le pouvoir est actionné par un égo qui peut aller jusqu’à l’aveuglement, avec risque de violence, d’affolement furieux et de barbarie.

Le secret du bonheur serait-il alors de n’avoir que le désir de soi ? Le désir de l’Autre, n’étant qu’une souffrance infligée par un égo mal maîtrisé. Si on en reste esclave, c’est la détresse et la souffrance. Si on en fait son moteur, il peut devenir une clé du bonheur.
L’humain traverse des états d’insatisfaction inexpliqués. Mais l’égo ne sait pas attendre. Il veut tout, tout de suite.

Savoir attendre est un long apprentissage ; la vie est derrière soi quand on a appris à attendre. Avec le temps, on est plus aguerri, on a acquis expérience, connaissance et savoir-faire. Pas la sagesse forcément, car la malédiction de l’égo pèse encore sur nos désirs. Mais on ne perd rien. Il y a tant d’idées à penser, tant de projets à rêver et réaliser.

La psychose du Covid-19 a favorisé le fantasme de soi, bien qu’il soit une remise en cause d’un moi coincé entre un matérialisme étroit (assurer la survie) et le retrait de soi (limiter son désir de l’Autre et se confiner). Passer de l’individualisme à « Je est un autre», nous garde pourtant en relation. Enfermement sur soi ou ouverture vers l’Autre ? Sinistrose ou catastrophisme ? Être avec l’Autre c’est le partage, la solidarité, la générosité, l’affect et l’amour. Des mots, hélas, qui parfois ne veulent plus rien dire…

O.B

Auteur
Omar Benbekhti