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L'OEIL DE ZINA

A un clic de souris de la fin

Depuis son AVC Boutef est mort au moins trois fois.

L’ananas fait maigrir.

La Nasa clone des êtres humains sur Mars.

Le point commun de ces rumeurs ? Elles ont toutes étés partagées sur les réseaux sociaux. A défaut d’avoir été vérifiées, elles ont été commentées et ont bénéficié d’une visibilité médiatique dont nombre de faits d’actualité réels et avérés pourraient avoir besoin.

Il y a quelques semaines, j’ai écrit un article dont le titre s’intitule : «Marseille, une ville proche du FLN ? ». Une forme interrogative volontaire dans une perspective d’introspection.

L’objectif de mon papier était de s’interroger sur les raisons de l’absence d’ampleur du mouvement dans la cité phocéenne où notre communauté fait nombre.

La corruption présente sur notre territoire tue toute tentative d’expression populaire, et la dénoncer me paraît primordiale. Très loin de moi l’envie de décourager les nombreux citoyens impliqués dans le mouvement dont je ne suis pas peu fière de porter les couleurs chaque dimanche.

Seulement dans l’ère d’immédiateté que nous vivons, la désinformation règne au détriment d’une compréhension réelle ou à minima pragmatique de l’actualité.

Les torrents d’insultes se sont déchaînés sur mon papier m’accusant de chercher à tuer l’initiative populaire, voire même d’être pro-FLN. Je les ai tous lus avec attention et ma conviction que ces personnes n’ont rien regardé d’autre que le titre s’est vue confirmée.

De nombreux sociologues se sont penchés sur les phénomènes sociaux liés à Internet et à ses médias, notamment sur la «viralité » des informations infondées ou fausses. Ils ne sont pas les seuls. Depuis plusieurs années, des mathématiciens, des physiciens, des chercheurs en informatique se sont aussi intéressés à ces problématiques, en apportant leurs propres outils et méthodes d’analyse. Ainsi a émergé un nouveau champ de recherche : les « sciences sociales computationnelles ».

Sans pour autant entrer dans le détail scientifique des travaux effectués jusqu’alors permettez-moi d’attirer l’attention de mon lectorat sur un fait prouvé par une récente étude de l’OCDE (2017) : les fake news ont dix fois plus de chance d’être partagées que les études d’investigation.

Deux raisons : 1) L’analphabétisme fonctionnel, soit l’incapacité à comprendre clairement un texte, concerne la moitié de la population active en Europe entre 16 et 65 ans (Il serait passionnant de récupérer les chiffres algériens).

2) « Le biais de confirmation » : il s’agit d’un biais cognitif selon lequel chacun tend à ne voir que ce avec quoi il est d’accord et à ignorer le reste. Conséquence ? Les internautes forment des groupes solidaires qui auto-entretiennent leurs opinions et préjugés.

Le mélange de ces deux paramètres génère un terreau fertile pour des manipulations en tout genre tant marketing que politique.

Important : ne partagez pas un article dont le titre vous a paru aguicheur alors que vous ne savez pas ce qu’il contient. Inversement, un commentaire peut être contre-productif dans le débat si vous n’avez pas au moins cliqué sur le lien pour vérifier le contenu du propos.

Pendant une période de révolution telle que la nôtre, internet est une arme à double tranchant, à nous de décider si on veut se défendre ou se suicider.

Auteur
Zina Mebkhout
 

Commentaires

Permalien

Tres bien dit Zina et merci pour cette analyse et aussi d ouvrir les yeux des internautes....Encore bravo.

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