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Débat

Un ministère pour la diaspora algérienne à l’étranger !

Selon une analyse réalisée par l’Institut national français des études démographiques (Ined), l’Algérie figurerait parmi les 15 pays qui fournissent le plus de migrants au monde. Pour l’Aida (Association internationale de la diaspora algérienne) basée à Londres, les Algériens ou personnes d’origine algérienne vivant à l’étranger en 2018, seraient au nombre de 7 millions d’individus, voire plus !

Combien sont-ils ces émigrés ?

Rien qu’en France, ils seraient plus de 5 millions ! En Amérique du Nord, ils se situeraient entre 120 000 et 140 000 (110 000 au Canada, 30 000 aux USA et 2000 au Mexique).Dans les pays arabes, ils seraient quelques milliers et en Afrique plusieurs centaines. .

Mais qui sont-ils ces émigrés ?

La première vague de migration algérienne a débuté en 1905. La main-d’œuvre qui la compose travaille essentiellement dans les raffineries et huileries de Marseille, ou comme dockers sur les navires. Puis des centaines d’Algériens sont embauchés dans les mines et les usines du Nord et du Pas-de-Calais, les industries de Clermont-Ferrand et Paris. Dès 1912, on parle d’un véritable mouvement migratoire de 4 000 à 5000 Algériens qui s’accélère dès 1913, grâce à la suppression du permis de voyage qui était alors requis pour les Algériens en France. 

La seconde vague migratoire est composée globalement de 80 000 travailleurs et 175 000 soldats venus d’Algérie dans le cadre de la Première Guerre mondiale. Ceux qui ne sont pas sur le front, sont employés dans la production d’armement, le génie, l’aéronautique, les transports et les mines.

La troisième vague débute en 1920 avec une composante kabyle qui reste importante, avec la migration des habitants du nord-ouest oranais qui commencent à gagner du terrain. 

La quatrième vague débute avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, après 1945 où les Algériens occupent des emplois dans les domaines de reconstruction de la France et de la relance économique, dans les mines, la sidérurgie, l’industrie et le bâtiment. 

La cinquième vague commence avec la guerre de Libération nationale (1954-1962). Le GPRA est formé, le FLN prend le contrôle de l’émigration qui participe au combat libérateur et à l’effort de guerre.

Peut-on  pour autant parler de diaspora ?

A en croire déjà  Smail Chikhoune, vice- président de l’Association international de la diaspora algérienne (AIDA) ,il y a plus de 200 000 chefs d’entreprises qui génèrent un chiffre d’affaires de plus de 100 milliards d’euros. Sans compter la part de ceux qui ont une valeur ajoutée comme les professeurs d’universités et autres managers dans plusieurs domaines de compétence.

Nous sommes en 2018, et cette population qui ne cesse de croître, se décuple en générations voyageant, étudiant, commerçant et s’établissant dans les cinq continents .Ces Algériens-là sont visibles et font étalage de leur amour du pays à chaque occasion et à chaque match de l’équipe nationale de football où ils déploient l’emblème national, une manière comme une autre de manifester leur présence et de se rappeler au bon souvenir de leurs gouvernants nationaux. 

Il y a aussi toutes ces personnalités publiques françaises d’origine algérienne qui n’ont de cesse d’affirmer leur appartenance à l’Algérie, sans pour autant que cela profite au pays, faute de diaspora influente ont pour noms Isabelle Adjani, Leïla Bekhti, Shéryfa Luna, Smaïn, Rachid Taha, Rachid Bouchareb, Zinedine Zidane, Brahim Asloun et beaucoup d’autres qui appartiennent au monde de la culture et du sport. Ou encore Fadéla Amara, Leila Aichi, Kader Arif, Azouz Begag, Nora Berra, Malika Benarab-Attou, Yamina Benguigui, Malek Boutih, Samia Ghali, Bariza Khiari, Tokia Saïfi, Karim Zeribi qui appartiennent au monde de la politique. On peut même ajouter à cette liste qui n’est pas exhaustive, Rachida Dati dont la mère était d’origine algérienne !

Tout ceci pour dire que le potentiel humain existe mais que les mécanismes institutionnels, de ceux qui font actionner les lobbys font défaut comme par exemple le fameux « Conseil consultatif de l’immigration » souvent annoncé mais tant de fois différé puis remisé dans les tiroirs de nos instances gouvernementales ou encore « le secrétariat d’Etat » qui a été supprimé au bout d’une année d’existence seulement !

Son titulaire et présentement secrétaire général d’un parti politique, n’était  pas fait à l’évidence pour le poste ;la preuve, répondant à une question d’un journaliste sur le nombre des algériens vivant à l’étranger, il avait répondu par cet artifice : « Il y a ceux qui résident à l’étranger de manière régulière et qui sont immatriculés dans nos consulats, ceux qui aussi résident de manière régulière et qui préfèrent ne pas se rapprocher de nos services et sont donc, non immatriculés, et il enfin ceux qui y vivent de manière irrégulière ou clandestine ».

Comment, sincèrement, peut-on être aussi nuancé pour ne pas dire évasif concernant ce segment particulier de notre population ?

Etat des lieux, particulièrement dans l’hexagone  

Pour prendre la mesure des problèmes, il faut lire ce sondage réalisé en France, par Ifop/Atlantico qui révèle que 26% des Français seulement ont une bonne image des Algériens contre 71 % des Marocains et 53 % des Tunisiens :

  1. Existe-t-il un lien entre le déficit d’image dont souffre l’Algérien en France et la façon dont sont intégrés les immigrés et leurs enfants ?

  2. Sont-ils moins intégrés que les autres issus d'Afrique du nord ?

  3. Sont-ils moins défendus au plan des droits ?

L’émigration algérienne en France continue à être marquée par ses divisions historiques, politiques et même ethniques. Elle est surtout préoccupée par son existence quotidienne car l’immigré, le beur est avant tout une condition sociale dont il est difficile d’en sortir.

Que dire alors de ceux qui ne possèdent ni titre de séjour ni permis de travail, les sans-papiers qui vivent dans la clandestinité la plus totale échappant même au recensement le plus approximatif  de « l’éphémère » ministre délégué qui a précisé « qu’il est difficile de donner d’eux un chiffre précis ». Un ancien ambassadeur français les a situés autour de 350 000, chiffre qu’il faut prendre sous toutes réserves, bien entendu, dans ce qu’il cache comme manipulation politicienne. C’est vrai qu’il est difficile de compter des gens dans la clandestinité mais ce qui est aussi vrai c’est que ces personnes sont décidées « à faire leur trou là-bas envers et contre tous » et tout ce qu’on a mis en place alors, comme ministère délégué, représentation politique à l’APN, ouverture de nouvelles dessertes aériennes et maritimes ne leur feront pas changer d’avis, eux qui n’ont foi qu’en leur destinée.

Il existe quand même quelques Algériens immigrés, diplômés, et expérimentés qui ont accumulé un petit capital, qui songent à retourner au pays. Ce phénomène de retour répandu chez les retraités, s’est étendu ces dernières années chez les plus jeunes. Apparemment et à les entendre, ils n’éprouvent aucun regret à quitter la France et l’Europe où sévissent, selon eux, le racisme, la discrimination dans l’emploi et le logement, ainsi que la bureaucratie pour qui veut obtenir la nationalité française.

C’est tout cela dont il faut peut-être discuter, à l’avenir, si on veut comprendre les immigrés et capter de nouveau la confiance perdue !

Pourquoi un ministère et maintenant ?

Est t-il besoin pour autant de nommer un ministre pour prendre en charge nos expatriés dont Belkacem Sahli, du temps où il était secrétaire d’Etat ignorait jusqu'à le nombre ?  

Oui car notre diaspora, tout comme l’immigration en général, n’est organisée ni socialement ni culturellement et aujourd’hui, on en arrive même à regretter « l’Amicale des Algériens en Europe » organisation sous l’égide du FLN certes, mais qui arrivait tout de même à encadrer, peu ou prou, cette population de l’étranger.       

C’est aussi faire amende honorable envers nos compatriotes de l’étranger qui ont été offusqués le jour ou leur « éphémère » Secrétariat d’Etat a été dissous à peine une année après sa création !

Parce qu’enfin, il faut aller vers d’autres solutions, de celles qui consistent à prendre en charge les préoccupations des Algériens dans leur pays d’accueil, des lors que nos chancelleries et autres consulats ne font pas le job ! Et il y a à faire à en juger par les récriminations des Algériens de France. 

Le message, semble t-il , a été reçu cinq sur cinq par Ahmed Ouyahia qui, lors d’un déplacement qu’il avait effectué en France avait annoncé  des mesures arrêtées par le président de la république lui- même , à savoir :

  • Accès à tous les programmes de promotion immobilière publique en Algérie (hors social)

  • Accès des jeunes de la communauté souhaitant investir en Algérie dans le cadre du dispositif de microcrédit (ANSEJ)

  • Accès aux investisseurs et aux industriels algériens résidents à l’étranger à tous les dispositifs de soutien des investissements au même titre que les résidents   

  • Confirmation de l’ouverture d’une succursale de la Banque Extérieure d’Algérie (BEA), en 2018.         

Et qui mieux qu’un ministre en charge des Algériens de l’Etranger pour mettre en œuvre ce début de programme ? Et aussi et surtout plancher avec  ses collègues du gouvernement sur les causes réelles qui conduisent nos jeunes à vouloir , parfois au péril de leur vie , s’installer et vivre à l’étranger malgré les conditions déplorables qu’ils y trouvent ! Autrement dit percer le « secret » de leur quête éperdue.

Auteur
Cherif Ali