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REGARD

Un pouvoir ça rend des comptes

Cela fait plus de trois mois que les gens tournent en rond. A présent, chaque gouvernement tente de se racheter une conscience après Covid-19.

Dans les pays avancés, des analystes estiment que les autorités n’ont pas fait tout ce qu’elles auraient dû pour limiter la pandémie. Car les gouvernés ont besoin de vivre, de manger, d’habiter et de travailler, de créer, de produire. La religion, la langue, l’identité, ces fatalités qui fatiguent, font perdre du temps et de l’énergie.

Le grand gagnant en cette affaire reste le pouvoir. Il a réussi à générer la docilité et la soumission des gouvernés. De graves décisions économiques ont été prises avec une facilité inouïe. Les licenciements en masse et les faillites en cascades sont déjà là.

Certaines personnes se croyant fortes se sont résolues au silence. Comme ces Etats forts qui tombent des nues lorsqu’un un virus les met par terre, ces personnes tombent aussi de leur piédestal. Leur inconscient leur joue des tours. Sauf que les Etats n’ont pas d’inconscient. La lutte contre le virus a révélé une autre pandémie, celle des fausses informations. Dénoncer des comportements irresponsables, ce n’est pas remettre en cause l’exercice démocratique de la politique ; sauf à croire qu’on est seul détenteur de vérité.

Comment agir pour dissiper la désinformation et le complotisme ? Le Hirak a déjà fait un grand pas en avant dans cette perspective. Mais la désinformation est encore diffusée par des agences de presse contrôlées par des gouvernants autoritaires. Évoquer l’éthique professionnelle de la presse, c’est insulter l’intelligence sachant que les chaînes de TV, publiques et privées, sont missionnées pour une seule parole.

Un pouvoir arbitraire se mobilise contre l’opposition et contre la presse qui informe sur ses turpitudes. C’est pourquoi un ministre de la communication est un poste superflu, il passe plus de temps à ferrailler contre les journalistes et à malmener la liberté d’expression qu’à communiquer.

A quoi sert-il d’avoir deux porte-parole du pouvoir, si celui-ci ne sait pas communiquer ? Goebbels faisait de la propagande. C’était clair et responsable.

La responsabilité pour gérer les affaires publiques n’est pas synonyme de refus de rendre des comptes. Faire le bilan d’une gestion n’est pas un acte de félonie. Qu’elle soit jugée catastrophique par les uns, ou exemplaire par les autres, exige débat. Il n’y rien d’insolent à cela.

Rien n’interdit de rendre compte et de débattre d’un bilan. Que l'opposition cherche à conquérir le pouvoir est normal ; elle est dans son rôle, et a le droit de l'exprimer. Mais personne n’a le droit de manœuvrer la haine et l’épouvante pour avancer ses idées. Un président n’est pas élu pour tourner le dos au peuple. Quand on arrive à modifier le cours d’un projet populaire, c’est qu’il y a de lourdes incompétences dans l’exercice du pouvoir.

A ce niveau, c’est le signe d’une défaillance. Il est difficile alors de gouverner dans un maelstrom d’incompétences. Que vaudraient des institutions qui n’inscrivent pas leur fonctionnement au registre de l’accountability ? A moins qu’elles ne soient que des coquilles vides. Un Etat ne saurait être incarné par un individu. Sinon, l’autorité devient autoritarisme, le respect de la soumission et le travail devient inutile.

Il est clair que ne pas avoir recours à la planche à billet, par exemple, c’est craindre l’avanie de la dette et ses conséquences. Mais la dette s’annonce avec le désastre de l’économie. La psychologie qui instruit sur le fonctionnement du pouvoir, montre que l’humain est déjà constitué par une dette que seul l’amour efface, car on peut aimer sans retour.

Mais la gouvernance impose une autre forme de dette : l’éthique de la sagesse et la reddition des comptes. Cette vérité exige des changements. Dans le cadre d’un exercice démocratique du pouvoir, cela s’appelle l’éthique de la représentation !

O.B.

Auteur
Omar Benbekhti