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TRIBUNE

Un régime militaire illégitime depuis le 9 septembre 1962

En Algérie, les mascarades électorales se suivent et se ressemblent, depuis de longues années. Celle du 12 juin 2021 se déroule dans un climat de terreur, de répression et de propagande, avec près de 217 prisonniers politiques, principalement des animateurs du Hirak, ce mouvement pacifique qui revendique la démocratie, les libertés et la dignité.

En 59 ans d’existence, aucun chef de l’état algérien n’a été élu ; tous ont été choisis par l’armée. Durant toute cette période, il n’y a eu aucune alternance politique au pouvoir. C’est le 9 septembre 1962 que l’armée de l’extérieur entre à Alger après avoir fait des centaines de victimes parmi les vrais maquisards de l’intérieur. Depuis ce jour, l’Algérie vit sous la dictature et tous ses dirigeants sont illégitimes. Tous n’ont pas été élus par le peuple. Mais le régime militaire a, parfois, réussi à installer une certaine illusion avec les façades civiles du pouvoir dans des inénarrables mascarades électorales.

En revendiquant un Etat civil et non militaire, le Hirak a mis à nu le régime militaire. Durant plus de deux ans, les manifestants du Hirak ont, à travers tout le pays, crié des slogans hostiles aux généraux, les décideurs véritables de l’inamovible système.

C’est le 1er novembre 1984 que le grade de général est donné pour la première fois. Depuis des dizaines de généraux ont imposé leur loi, tout en profitant de la rente pétrolière, tout en privatisant à leur compte et à celui de leurs proches un immense pays, un pays-continent.

Au lieu de répondre aux aspirations démocratiques d’une grande majorité du peuple, les généraux continuent leur fuite en avant : ils utilisent tous les moyens pour maintenir le système en place, pour que rien ne change, pour qu’ils continuent à profiter des richesses du pays. Mais la situation économique du pays n’est plus florissante et une nouvelle génération de jeunes femmes et de jeunes hommes, éveillée et à l’écoute des remous du monde, ne semble pas sensible à la propagande des généraux.

Au contraire, malgré la répression féroce, cette génération continue la lutte pour la démocratie, pour les libertés, pour la dignité. Même si le Hirak souffre des plans destructeurs de la sécurité militaire, il semble qu’il est capable de rebondir.

Certains de ses animateurs aiment répéter qu’il est d’abord une idée et que les idées ne meurent pas. En dehors de la Kabylie, fief traditionnel de toutes les contestations, le Hirak n’a pas pu organiser de grandes grèves nationales ou une désobéissance civile pacifique qui auraient pu faire plier le pouvoir en place. Dans un système politique dominé par la sécurité militaire, le Hirak n’a pas voulu se donner des chefs afin de se préserver de toute récupération.

Le Hirak compte également sur la diaspora algérienne en France, en Angleterre et au Canada. Cette diaspora manifeste chaque semaine pour dénoncer les méfaits du régime militaire algérien et revendiquer un changement démocratique.

De mascarade électorale en mascarade électorale, l’Algérie reste prisonnière d’un système qui a horreur des libertés, de la démocratie, de la dignité et du progrès social.

Auteur
Youssef Zirem, écrivain