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TRIBUNE

Une constitution peut en cacher une autre !

Il fut un temps, un fou, un mégalomane adoubé d’une volonté morbide de gouverner avait, dans ses moments de bouffées délirantes, accouché de ce qui semble nourrir, encore aujourd’hui, le Moi apocalyptique de nos gouvernants : La meilleure façon de contrôler un peuple et de le contrôler complètement, c’est de lui retirer un petit peu de liberté à la fois, pour rogner ses droits par des milliers de réductions minuscules et presque imperceptibles.

De cette façon, les gens ne verront pas qu’on leur retire ces droits et ces libertés jusqu’au point où ces changements ne pourront plus être inversés. Hitler est mort, mais sa pensée continue, de la façon la plus sournoise, lénifiée et indolore, à faire autant d’émules parmi les cassis du pouvoir d’en haut que de victimes parmi le petit peuple d’en bas. 

La constitution de Tebboune, celle de ses mentors, et probablement même celle de ses successeurs, n’est que l’illustration de leur longue et apocalyptique tradition  de maintien en vie du pouvoir contre notre volonté de démocratie et de liberté, quand la répression et les armes ne suffisent plus à habiller au trois quarts de costume un président non élu.

De la toute première constitution qui date de 1963 à celle qu’ils s’apprêtent à faire passer dans les prochains jours, sous le règne potiche de Tebboune, aucune n’a garanti la moindre des libertés individuelles et collectives.

Toutes, ont connu, au passage de chaque président général, déguisé en civil, et de président civil à la solde des généraux, des révisions de lois et des amendements qui accommodent ceux qui sévissent, et asservissent ceux sur qui les sévices s’appliquent. De conjonctures politiques défavorables au pouvoir à des accointances idéologiques, de nature à sauver le régime, des partis islamistes ont vu le jour et des présidents à vie sont venus remettre en cause le principe de l’alternance au pouvoir, même lorsque ce principe était, de tout temps, largement piétiné. 

La question de qui élabore les textes de loi, qui insufflent la trajectoire fondamentale de bonne gouvernance à laquelle doivent se soumettre nos dirigeants, est étroitement lié à la légitimité politique de ces derniers et au projet de société sans lesquels, aucun texte de loi, même ceux littéralement inspirés de la Déclaration universelle des droits de l’homme, ne peut garantir aux citoyens un état de droit.

À l’avènement du Hirak, Gaid Salah, en farouche cerbère de ce régime dont il a été artisan, a refusé opiniâtrement l’application de l’article 7 de la constitution qui stipule que le peuple est la source de tout pouvoir.

Le peuple ne sera jamais souverain, parce qu’il n’y a point de souveraineté quand on est gouverné par des clans qui se battent entre eux, mais qui ne s’entretuent pas.   

Toutes les constitutions, depuis Ben Bella en 1963, jusqu’à celle moult fois amendée par Bouteflika jusqu’à ce qu’il obtienne la garantie d’une présidence à vie, avec et grâce au soutien de l’armée, entre autres de Gaid Salah, n’ont été que le paravent derrière lequel se jouait les plus infâmes tragédies. Asservissement des femmes, utilisation de la religion à des fins politiques, bâillonnement de la liberté d’expression et de rassemblement, négation viscérale de l’identité amazighe du pays, canonisation de la fonction présidentielle, relégation au second plan des prérogatives de l’assemblée populaire nationale, spoliation des richesses du pays....   

Depuis, nous collectionnons les pertes en terme de droit, petit à petit, à chaque fois un peu plus, jusqu’à ce que l’on oublie le pourquoi que l’on vit, le pourquoi d’aller voter pour une constitution qui, même si elle nous miroite les plus beaux textes humanistes que l’on n’a encore jamais connus, est déjà corrompue par le fait que  Khaled Drareni, pour ne citer que lui, et tant d’autres victimes de la répression politique croupissent dans les prisons du pays.     

Le choix du 1er novembre comme date du référendum constitutionnel de Tebboune n’est pas anodin. Il incarne, pour le peu ou pas de choses significatives, qui relie les apparatchiks du régime à cette date importante dans l’histoire du pays, c’est à dire, au mieux, un statut de révolutionnaires de la vingt-cinquième heure, le lien sémantique entre l’illégitimité révolutionnaire qui leur colle à la peau et l’illégitimité politique dont ils se drapent depuis l’indépendance du pays.

Une chose est sure, la richesse et le pouvoir sont comme de l'opium, ni l'un ni l'autre ne tiennent leur promesse. 

Auteur
Mohand Ouabdelkader