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REGARD

Votre agonie est longue, votre mort est certaine 

"Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront  une révolution violente inévitable" J.F Kennedy

Après sept ans d’insurrection armée contre le colonialisme français, l'Armée est devenue le principal garant de cet Etat post colonial, qu'elle administre soit directement, soit par procuration. Le noyau dur du pouvoir est constitué par une alliance des dirigeants de l'Armée et de l'Administration.  

Les cadres issus de l'armée des frontières et de l'administration coloniale sont les représentants d'une petite bourgeoisie partisane d'un Etat fort par sa capacité à contraindre que par sa volonté à convaincre, se fondant sur la loyauté des hommes que sur la qualité des programmes, se servant de la ruse et non de l’intelligence comme mode de gouvernance. 

L’Etat nation est un marché de dupe passé entre un pouvoir et une nation, à savoir pain contre liberté, sécurité contre obéissance, l’ordre contre l’anarchie, la reconnaissance externe contre la légitimité interne. Le concept de l’Etat providence est un subterfuge commode faisant croire à la population que la providence se trouve au sommet de l’Etat et non dans le sous-sol saharien. L’appartenance d’un peuple au tiers monde tient avant toute chose à son système politique.

Le monde arabe est dominé par les pouvoirs autoritaires ou totalitaires, par des castes politiques qui manipulent les mots et les institutions. C’est pourquoi plus personne ne croit à présent au développement chacun constate quotidiennement la corruption du pouvoir politique. Les gouvernements ont délibérément choisi la croissance économique à partir de l’accumulation des revenus pétroliers et gaziers plutôt que sur le développement fondé sur la formation et l’emploi des hommes. 

L’Etat algérien a procédé à une vaste salarisation dont l’effet social global est la dépendance dans laquelle se trouve une part importante de la population active par rapport aux revenus distribués par l’Etat provenant des recettes d’exportation des hydrocarbures pour fidéliser une clientèle de plus en plus exigeante. 

Les gisements des hydrocarbures sont la propriété de l’Etat et non de la nation. 

Qui tient l’armée tient l’Etat et qui tient l’Etat tient la rente donc la bourse, par conséquent le peuple. L’essentiel du jeu économique et sociopolitique consiste donc à capturer une part toujours plus importante de cette rente et à déterminer les groupes qui vont en bénéficier. Il donne à l’Etat les moyens d’une redistribution clientéliste. Il affranchit l’Etat de toute dépendance fiscale vis-à-vis de la population et permet à l’élite dirigeante de se dispenser de tout besoin de légitimation populaire. Elle dispose des capacités de retournement extraordinaire étouffant toute velléité de contestation de la société. L’armée demeure la colonne vertébrale de l’Etat. 

Il n’y a point d’Etat en dehors de l’Armée et point d’économie en dehors des hydrocarbures. Par la crise multidimensionnelle, les algériens entrent contraints et forcés dans la dynamique du capitalisme et du libéralisme. 

Pourtant seule une société ouverte dans laquelle le pouvoir politique et le pouvoir économique sont distincts permet l’introduction d’une économie de marché. 

Une société fermée par contre n’invite qu’au conformisme et à la répétition des expériences malheureuses. Elle freine tout processus de développement ou de démocratisation du pays. 

L’argent du pétrole et du gaz donne l’illusion aux hommes que le pouvoir est «éternel» et qu’il peut se transmettre de père en fils. 

Que de questions mais peu de réponse pour une société sans élite ou une élite sans dignité, vieillissante vivant sur son passé glorieux et ignorant les enjeux du futur, en mal de reconnaissance sociale, imprégnée d’une culture apparente et de bas étage, nourrie au biberon «pétrolier» et non au sein maternel. Qu’elle soit d’inspiration occidentale ou orientale, qu’elle soit au pouvoir ou dans l’opposition, les deux sont déconnectées des besoins réels de leur société, agissent le plus souvent comme sous-traitants des pouvoirs en place en s’inspirant des théories venues d’ailleurs notamment de l’occident qui veut que le monde arabe soit à son image et en même temps qui lui soit profitable. 

Un Etat qui lui sert « d’écran » pour l’obtention de marchés juteux par les représentants d’un Etat qu’il qualifie secrètement de « voyou» au regard des « droits de l’homme » pour se donner bonne conscience et de la promotion d’un Etat de droit pour « indigènes » sortis de leur usine coloniale pour qui les « indigènes » n’ont pas besoin d’un Etat au sens gréco-romain mais d’un chef de tribu au sens arabe du terme et non pas l’émanation du génie des peuples libérés de « la peur et de la tyrannie » déterminés à prendre leur destin en mains (jadis dans les temps les plus reculés de l’histoire de l’Afrique du nord c’était la « djemaâ », l’assemblée, semble-t-il qui exerçait le pouvoir de façon collégiale sur la tribu, un genre de comité des sages, récente trouvaille du régime en place pour se maintenir en vie). 

La révolution armée du 1er novembre 1954 a libéré le territoire de l’occupation française. La révolution pacifique du 22 février 2019 s’est fixée comme objectif de libérer l’homme dans toutes ses dimensions par la voie pacifique dans l’unité, la joie et la bonne humeur. «silmya silmya », « khaoua khaoua » sont ses mots d’ordre. 

Rien ne peut la détourner de la voie de la sagesse, ni les bruits des bottes ni les tambours de la désobéissance civile. 

La jeunesse n’est pas dupe, elle est instruite, elle a appris dans ses manuels d’histoire la phrase de J.F Kennedy, Président des Etats-Unis d’Amérique dans les années 60 en recevant le premier Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire, «Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront  une révolution violente inévitable ».

Enfin, elle sait pour l’avoir constaté de ses propres yeux qu’une tête bien blanche n’est pas nécessairement plus saine et encore moins bien pleine. Ce sont les « jeunes chômeurs » sortis des stades qui donnent des leçons de noblesse et de dignité à des « vieux rentiers du système » retirés de leur retraite dorée s’auto-qualifiant de « lettrés » et encore plus se proclamant de « sages » et de « grands patriotes ». Ils se découvrent soudainement des vertus de « sauveurs du pays alors qu’ils sont ses « fossoyeurs ».

Vingt millions d’Algériens dans la rue ne sont pas des êtres humaines, ce sont des bestioles. "Il faut les pulvériser tous, ils nous dérangent dans notre sieste !", se lâche une députée. Lamentable.

Auteur
Dr A. Boumezrag
 

Commentaires

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Les manifestations depuis le 22 Février demandent le départ du système.
Le départ du système ? Après que celui-ci s’est confortablement embourgeoisé et durablement installé ? En créant des couches sociales empilées l’une sur l’autre. De la diversité des populations algériennes ? Je rêve. Un panel représentatif ? De qui ? De la bourgeoisie, du prolétariat ? Possible mais une revue de l’histoire contemporaine du pays est ici nécessaire.
L’Algérie n’a jamais eu de bourgeoisie et encore moins de représentants ou du moins le peu qu’il y avait a été vite démembrée par ces révolutions ridiculement imbéciles des années 60 et 70. Résultat immédiat : ratage de cette Constituante si stratégique pour la construction du pays.
En effet, Boukharouba en maitre absolu avait fini tous ceux qui échappèrent ou qui s’étaient faufilées entre les gouttes de pluie pendant l’hivers français. Il construisit le pays unilatéralement en appliquant ce qu’il avait appris a Al Azhar entre autres. Tous ces ANP, APN, APW, etc. étaient et j’ai bien peur que des structures maladroitement conçues par un sous-développement naissant. Je suis convaincu que l’Algérie en 1962 n’était pas sous-développée.
C’est vraiment bizarre qu’aujourd’hui, de plus en plus de témoignages erronés se font connaitre à propos de cette période de temps. C’est peut-être dû au manque de connaissances de la réalité de cette période qui était celle de la déconstruction de toutes les infrastructures sociales, politiques et / ou économiques bien que vacillantes, laissées par les français, bourgeois algériens compris. On était jeune et on n’arrivait pas à comprendre ; et puis l’euphémisme de l’indépendance faisait le reste. On achetait toujours au kiosque du coin, SLC entre autres, etc. Mais très vite, sont venues les premières pénuries dues aux restrictions imposées unilatéralement par le nouveau maitre. On en est même venu à la fameuse « Autorisation de Sortie ». En plus, les algériens bien habitués aux encerclements et autres banalités centenaires divers autres que celui susnommé, ne sont pas offusqués de ce régime restrictif dès l’indépendance. C’était moins mauvais et cela s’arrangera avec le temps. Eh oui, le temps. Je suis un de ces francophones qui espéraient venir à bout de cette période qui n’était ou ne devait être que passagère. J’ai dû malgré moi admettre que c’est plutôt l’absence de cette bourgeoisie ou élite quelle qu’elle soit en nombre et en poids réel a fait qu’une autre la remplace aujourd’hui. Plus vorace, plus dévoyée mais surtout plus bougnoule.
Voila, je suis convaincu qu’on a fait le tour complet du cercle et que très désolé de le dire, on n’en sortira pas.

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