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DISSIDENCE CITOYENNE

XXIIIe vendredi : Grand charivari et petites manœuvres

Les marcheurs algérois continuent d'accomplir avec conviction leur devoir hebdomadaire malgré la chaleur suffocante et la pénétrante humidité de juillet.

Certains d’entre eux sont en vacances, mais d’autres désertent leurs plages pour assister à leur manifestation, devenue mondialement célèbre, et ayant battu certains records du fameux Guinness. Désormais leurs chaussures et l’asphalte des rues d'Alger-centre ne font qu’un. 

Banderoles et affiches se font de plus en en plus rares. Et pour cause, elles leur sont souvent retirées et les riverains sont sommés par les policiers de ne pas les accrocher à leurs balcons.

Aussi, les manifestants qui arrivent des wilayas avoisinantes sont toujours victimes « d’empêchement de rentrer dans la capitale » et sont pris dans de terribles embouteillages. 

Ils scandent les mêmes slogans depuis déjà quelques semaines et ressentent bien qu’ils ne sont point entendus. Alors ils inventent une nouvelle façon de transmettre leurs revendications en  s’adressant à une troisième partie, en la priant de bien vouloir dire leur message ; ils crient : Gouloulhoum (dites-leur).

"Gouloulhoum, Goulou lelgaid (dites à el gaid) qu’on sortira chaque vendredi, que l’on ne s’arrêtera pas, que l’on se demande où est donc passé l’article 7, que l’on obtiendra notre liberté quel qu’en soit le prix, que vous ne nous duperez pas avec le football".

Le génie populaire se réinvente et improvise à chaque fois de nouveaux slogans qui collent à l'actualité brûlante du pays. 

Les manifestants sont alertes et très imaginatifs. A la suite de l’annonce de la mort du président tunisien Béji Caïd Essebsi  ils inventent une nouvelle chansonnette pour le vieux général, chef d’état-major : "Dania khlaouha ga3 les Français, ba3ou el petrole ou daou les dossiers, ya el Gaid rad el koursi , eddania fania chouf Essebsi (les Français ont tout spolié, ils ont vendu le pétrole et pris les dossiers, Gaid Salah rends la chaise, la vie est éphémère regarde ce qui est arrivé à Essebsi). 

En s’inspirant de la série Sultan Achour X de Djaâfar Gacem, ils répètent à l’adresse du vieux général :  "ya el Gaid ahcham echouia, hna liharna el 3ouboudia, 3achrin sna ountaya planton fi lmamlaka el 3achouria (Gaïd Salah aie un peu de décence, c’est nous qui avons aboli l’esclavage, tu as passé vingt années comme planton dans le royaume Achourien).

Outre les nombreuses attaques aussi cinglantes les unes que les autres à l’encontre du vieux général, Ils réclament leur indépendance, un Etat civil et pas militaire. Ils refusent des élections avec l’équipe actuelle et réitèrent leur souhait de voir tous les symboles de l’ancien système disparaître de la scène politique.

Ils se rappellent leur coupe d’Afrique en chantant : "djebna lkahloucha mazal lahnoucha" (on a ramené la noire,  reste les serpents) vocable populaire pour désigner les membres des forces de sécurité. Ils réclament la libération des détenus, leurs enfants qu’ils considèrent avoir été pris en otage.

La libération du commandant Bouregaâ figure parmi leurs principales revendications. Ils n’acceptent pas et ne comprennent pas comment un héros de la guerre de libération âgé de 86 ans peut être traité de la sorte.

Un ballet incessant de véhicules de la protection civile qui s’enfoncent au milieu  de la manifestation, comme pour la couper, éveille les soupçons des marcheurs. Au passage de l’un d’eux, Ils se hissent sur les marches du fourgon et vérifient s’il contient bien des blessés. En s’apercevant qu’il est vide, ils traitent le chauffeur de traître et le prennent à parti.

Smaïl Lalmas, membre du panel reçu par Bensalah, a été mal inspiré en se rendant à la marche. Il est raccompagné illico presto vers son véhicule.

Les marcheurs déjà sceptiques et suspicieux envers toute démarche venant du pouvoir, sont confortés dans leurs convictions : les promesses faites par Bensalah, à moins, de la moitié de panel (il devait être composé au départ de treize personnalités) ne sont pas tenues. Aucune mesure d’apaisement n’est mise en œuvre. Les porteurs de drapeaux amazighs sont toujours en détention et le commandant Bouregâa également. Les services de police exercent encore la même pression sur la capitale dont les entrées sont toujours bouclées.

Des énergies, des femmes et des hommes, des moyens sont mis en œuvre pour tenter de trouver des solutions. L’adhésion des algériens est la condition sine qua none pour la construction nationale d’un futur meilleur, porteur d’espoir pour cette jeunesse. 

Les tenants du pouvoir se disent soucieux d’être à l’écoute de ce grand  peuple. Ils font un grand bruit autour d’un dialogue hypothétique et incertain mais agissent dans le sens inverse de leurs paroles, sans avoir l’air de prendre du recul, avec ce qui paraît être comme de la légèreté, de l’hésitation, et de la panique le jour de leur rencontre avec les marcheurs : un grand charivari, de petites manœuvres. 

Auteur
Djalal Larabi
 

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